UN CRIQUET DANS LES CALANQUES

... Ou brèves de vie d'une jeune maman Marseillaise
INTRO: MOI ET MON JIMINY CRIQUET
J'ai découvert les blogs.
Charmée par l'étendue des talents de jeunes anonymes venus s'essayer à la prose sur ces pages virtuelles, je me suis dit que moi aussi, j'étais capable d'habiles galipettes littéraires et de farces lyriques à même d'amuser la galerie.

Comme ce bon vieux Gepetto, j'ai moi aussi un petit Jiminy Criquet qui m'accompagne: vous savez, cet insecte aussi sympathique que cérébral qui lui souffle sagesse et réflexion alors que ce rustre bricolo ne semble bien maîtriser que sa scie et son marteau. Jiminy, c'est le psy qui l'a dit, ce n'est que le fruit de son imagination. En vrai, dans son atelier, il est tout seul Gepetto: avec sa scie et son marteau et accessoirement Pinoccio.
Je décidai donc de donner la parole à mon ami imaginaire afin qu'il exprime ici ses amusantes réflexions sur la condition humaine.

Seulement voilà, j'ai beau fouiller dans mon imagination, me triturer les méninges, me masturber le ciboulot... Rien de drôle ne me vient à l'esprit. Mon criquet pour le coup ressemble d'avantage à un vilain cafard.

Et pour cause. S'il est admis que le quotidien est la source principale d'inspiration des petits comme des grands auteurs; la vie que je mène en ce moment ne m'inspire que tourment et tracas.
J'ai dis "que je mène" en parlant de ma vie? Alors je dois rectifier... Car si on mène un bateau comme on mène une vie, cela implique qu'on tienne la barre assez fermement de façon à profiter des courants et éviter les écueils. Hors là, force est de constater que c'est ma vie qui me mène, et telle le bateau ivre, elle me fracasse sur les rochers en tenant ma tête sous l'eau.

Sous ces fonds marins mon criquet peut composer à son gré. Non pas qu'il y soit tranquille, car le remous des vagues et les chocs intempestifs font s'entrechoquer mes idées et les mélange en une ragoûtante pâtée cérébrale.
Par ailleurs, il y fait sombre, froid et humide, ce qui comme chacun le sait n'est pas le climat idéalement propice à la prolifération de ces sauterelles améliorées.

Non, mais là au moins il n'est pas dérangé par les chansons niaises de Cendrillon, les rires stupides des 7 courts sur pattes de Blanche Neige ou les ébats dégoûlinants de romantisme de la Belle et le Clochard-en-rut.

Mon Jiminy cafard me fait chier. Il a bouffé mon Jiminy criquet.



Trop de pression fait mal au chignon

Le mariage reste, en tête de tous les sondages, décrit comme un des plus beaux jours de nos vies d'humains.

Le mien a été absolument merveilleux et c'est sans doute un des souvenirs que je raconterai avec nostalgie à mes petits enfants en leur prouvant, photo à l'appui , que je n'avais pas toujours pesé 110 kilos et que moi aussi, j'avais eu ma période de gloire.

Mais la mémoire fonctionne un peu comme le photographe avec qui nous avons passé contrat ce jour-là: Elle sélectionne les plus jolies images et envoie les moins réussies à la corbeille.
Voilà donc en exclusivité les clichés de ma journée qui ont été supprimés..!

10h00. Chez le coiffeur.
-"Allô maman (...) Le bouquet de la mariée?! Qu'est-ce qu'il a, mon bouquet?? Minable... A quel point?! Mais non je n'ai pas demandé un bouquet qui ressemble à une fritte môle!! Comment ça tu as renvoyé le livreur!!?"
...

- Allô Robert? Ohh c'est géniiial, Roberta a finalement pu se libérer!! Mais tu plaisantes, bien entendu que ça ne nous dérange pas, on avait gardé sa place!!
...

- Loulouuu!! Cette chieuse de Roberta vient de se rajouter au dernier moment!! On va l'asseoir où, on n'a plus de place à la table "Réglisse"!

Jusqu'au dernier moment la température ne voudra pas redescendre un peu. C'est pas bon, j'ai les mains moites et les pieds poites et je transpire sous le menton. Mon maquillage ne tiendra jamais dans ces conditions...
Oh merd... La maquilleuse!!

- Témouine? T'en es où? La maquilleuse poirote dans sa twingo à la sortie de l'autoroute!
...

-Allô Madame? Les fleurs, ça va pas. Oui je sais que je vous ai demandé des fleurs de Calas mais je savais pas qu'elles seraient noires... Et môles. Non je ne peux pas venir!

La coiffeuse a du monter mon chignon autour de mon téléphone portable. Avec un peu de chance personne ne verra qu'il est resté coincé dans mes anglaises.
Ma coiffure toute en frisottis romantiques fait des cliing et des wouaah mais comme je ne suis pas encore maquillée on voit bien que je n'ai pas dormi depuis 72 heures.
-Vraiment, c'est supeeerbe!! Merci beaucoup! Je vous dois?

Hum... j'avais oublié que le mot Mariage faisait gonfler la facture des commerçants avec autant d'indécence que gonflent les seins d'Emmanuelle Béart d'un festival à un autre (c'est d'actualité).

12h30. Arrivée chez mes parents, avec une demie-heure de retard.
Témouine 1 s'étant fait comme moi coiffer par la coiffeuse; témouine 2 se fait maquiller... par la maquilleuse, tandis que ma petite nièce d'honneur se fait photographier par... le photographe.
-et non pas par la photocopieuse, banane-
Quant à moi, je me fais habiller par ma soeur. Et qu'est- ce que je suis nerveuse... (et toc).

14h00. La maquilleuse s'attelle sur ma personne à un long travail de ravalement de façade.
Autour de nous les enfants de ma soeur crient, se disputent et font grimper mon tensiomètre. Je me console en me rappelant que nous avons réservé une baby-sitter pour la journée.

14H15. La baby-sitter décommande. Elle est malade et elle pleure.
Moi aussi.

14H30.
- Arrêtez de pleurer, enfin, je ne peux pas vous maquiller...
- Mais c'est pas moi qui pleure, Manon, c'est mes yeux! (Ugolin)

14h45. Le livreur arrive avec de nouvelles fleurs.

15hoo. Je le sais parce que j'ai regardé l'horloge 32 fois depuis mon arrivée mais aussi parce que mon père brasse l'air en criant après le chien, ce qui me fait l'effet d'un Canadair qui déverserait de l'huile bouillante sur un incendie... et n'améliore pas mon état.

Ma mère et ma soeur quand à elles, polémiquent autour du noeud qui tient l'échancrure de ma robe, à savoir s'il doit avoir des ganses ou tomber simplement. Mon oeil droit continue de pleurer et la maquilleuse colmate les sillons du fond de teint à la truelle. Je n'ai toujours pas mis ces putains de roses dans mes cheveux et j'ai une cruelle envie de fumer une cigarette. Un peu d'herbe ferait aussi bien l'affaire.

15h30. A force de courir mon père ressemble à un coquelicot et ça va très mal avec mon bouquet de mariée. Je m'en prends à lui en lui hurlant que "Ce n'est pas lui la mariée": Le stress me rend lucide.
Il y a 4 feux rouges de chez mes parents à la mairie. Rouges, j'ai bien dit.

15h34. Le 4X4 s'engage sur le parvis de la mairie. Nos convives en belles tenues se retournent vers nous et je lis sur tous les visages l'impatience de me voir sortir de notre voiture pavoisée:
Je suis une princesse des contes de fées.

Mais mon père a mis la sécurité- enfants sur les portières du carrosse et nous sommes coincés à l'intérieur:
Je suis Calimero... En robe blanche et talons hauts.

- Tu es magnifique...! Me dit-on à chaque bises.
Ça fait un bien fou d'entendre ça 80 fois d'affiler. Je me demande même comment j'ai pu autant stresser. La pression redescend et nous, nous montons les escaliers.

15h40. J'ai le sourire ému et les yeux qui pétillent; Loulou dans sa chemise rose est le plus beau mâle que la terre ait porté. La marche nuptiale retentit dans la mairie et je m'avance au bras de mon père, fier comme un coq -mais qui a dérougit-, au milieu de la foule de nos invités tous heureux comme moi.
Piloute dans ses habits de fête ressemble à une petite fleur des champs et me toise avec ses grands yeux pleins d'admiration.

La plus belle journée de ma vie peut enfin commencer...

Escapade chez les marmottes

La vie est une teigne vicieuse. Au lieu de mettre des bâtons dans les roues des tracteurs, elle met des troncs d'arbres dans celles des cyclos.

Je m'explique: Ce sadique de Destin dans sa grande tour de contrôle jubile à pourrir la vie de ceux qui sont déjà dans le pétrin: Hé hé il a l'air d'en baver lui là-bas! Allé Hop, j'appuie un petit coup sur le bouton "aléa"!
... Et le noyé qui peinait à traverser le fleuve se retrouve amputé d'un de ses bras.

Il y a quelques jours encore, j'étais en ligne de mire sur l'écran de contrôle de ce mauvais plaisantin et il a, malencontreusement je suppose, laissé son coude cagneux appuyé sur la touche aléa. Ainsi mis face à un tel déferlement de coups bas et assommants, Jiminy et moi avons développé notre propre stratégie de défense: la sieste.

Jiminy avait beau savoir que cette retraite dans le sommeil n'était en somme qu'une lâche attitude d'évitement et qu'elle n'allait pas nous aider à nous remettre sur pieds... Nuit et jour, à tout venant, je dormais ne vous déplaise.
Je somnolais des journées entières sur le fauteuil du salon, me nourrissant seulement de quelques insalubrités de chez Kinder pour replonger aussitôt après dans mon comas léthargique.

Une après-midi, la sonnerie du téléphone interrompit brusquement cette torpeur. Après un rapide coup d'oeil à la montre et ayant écarté de la liste des casse-pieds invétérés de mon entourage tous ceux qui travaillaient à ce moment de la journée... J'en conclu qu'il s'agissait sans nul doute d'un commercial marocain mandaté par la maison Madrange pour plébisciter le goût inimitable de son jambon à l'os.
Je ne levai donc pas une fesse du canapé et refermai très vite un oeil pour laisser l'autre entrouvert devant un documentaire animalier diffusé sur Arté.

Ironie du sort: Les marmottes étaient les invitées VIP du plateau et leurs moeurs étaient à l'honneur.

Si ce type de documentaire agit habituellement sur moi comme un puissant somnifère, celui-ci éveilla du même coup mon attention et mon corps de mollusque.
Savez-vous par exemple que pendant sa période d'hibernation la marmotte peut perdre jusqu'à la moitié de son poids?
Durant mon long stand-by physico-cérébral je me serai aisément contentée de ne perdre qu'un dixième du mien... Mais je dus me rendre à l'évidence:
Contrairement à la marmotte, mes siestes intempestives ne servaient strictement à rien.

Il me fallait donc prendre rapidement les choses en main si je ne voulais pas finir avec un arrière-train pesant dix fois le poids de ma tête.

Je garde un souvenir ému de mes excursions campagnardes; lorsque j'étais ado et qu'un instant parents et moi faisions une trêve dans les conflits générationnels pour aller ensemble traquer les marmottes sur les Hauts Plateaux du Vercors. Je connaissais leur QG et m'amusais à y déposer des Bi-choco dont les dodues pas regardantes sur les méfaits des OGM se faisaient un festin.

"Un grand bol d'air pur, voilà ce qu'il te faut!" claironnait mon Criquet.

Le soir même les sacs de Loulou, Piloute et moi étaient prêts devant la porte -et je nous félicitai une fois de plus d'avoir choisi une voiture pourvue d'un grand coffre-. Le lendemain, nous arrivions à Font d'Urle après trois heures de route et un radical changement de climat.

Je découvrai avec le même amour le chalet de mon enfance et mes yeux pétillaient sous l'effet de la même excitation qui m'envahissait alors chaque année au début du mois d'août: Tel Marcel Pagnol dans ses collines provençales, je redécouvrais le territoire de mes plus beaux souvenirs et me gonflais déjà de leur présence palpables. Ils étaient de partout.

Pendant trois jours, je refis avec ma tribu le pèlerinage de mes grandes vacances et pu faire découvrir à Piloute le langage si spécifique de la nature: Si la vache meugle, le tracteur trac-trac-trac-trac-tracte et le poulain hennit, le paysan quant à lui Vain-diou'te et le lapin fait houu j'ai peur de la voiture.
Je m'extasiai ainsi de chaque retrouvailles avec la nature et nous eûmes même le loisir d'observer, tapi dans le fossé, un petit marcassin cardiaque que Piloute surnomma d'ailleurs vulgairement Cochooon! sans qu'il n'eut ni la force ni le courage de s'indigner.

Pour clore enfin ce chapitre du Petit chalet dans la prairie, nous avons traîné nos Quetchua jusqu'au repère secret des marmottes...
A l'issue d'une halletante ascencion et en dépit de l'enthousiasme non-contenu de Piloute et de ses bruyantes gambades... Nos marmottes étaient bien au rendez-vous. Et même mieux, car ces grosses-mères pullulaient un peu partout autour de nous, traînant leurs ventres grassouillets sur chaque rocher-solarium ou s'afférant en famille à leur grand nettoyage de printemps:

Un pur moment de magie en famille... Cliché tout sucré comme on les voit sur les brochures de vacances, à côté de la photo d'une famille-modèle attablée autour d'une copieuse raclette et du slogan "La montagne, ça vous gagne".

Oui, la montagne, c'est bien... Mais pas trop longtemps.
En ce qui me concerne, je prends autant de plaisir à y aller qu'à en repartir. Traverser en courant les prairies de jonquilles sauvages telle cette pintade de Laura Ingalls, c'est fun, mais on ne doit pas plus en abuser que du vin blanc avec sa raclette... Parce qu'à la montagne, quoi qu'on en dise, il n'y a plus de boutiques de fringues que de Pub irlandais.

Trois jours nous suffirent donc à faire le plein d'énergie et je redescendais gonflée à bloc dans l'arène de la ville, avec mes joues roses et mon coeur moelleux et léger comme dans une recette réussie... Le grand méchant Destin n'avait pas de réseau dans les montagnes.

Quant à la marmotte..? Elle mettait du bonheur dans du papier d'alu.

A propos des entrepreneurs des BTP...

S'il est bien un trait de ma personnalité dont je puisse être sûre; c'est de mon côté battante.

Je n'entends pas battante dans le sens compétitif du terme; mais dans la faculté que j'ai de sortir la tête de l'eau juste avant la noyade. Bien sûr, il m'arrive de boire la tasse. Dans les fonds sous-marins, j'ai même pensé parfois qu'un de mes pieds avait été lesté d'un pavé d'une demie tonne, solidement relié à une chaîne cadenassée.

Mais mes poumons restent solides -en dépis du paquet de clopes que je leur inflige quotidiennement- et ils contiennent suffisemment d'oxygène pour me permettre de trouver la clé dans les délais vitaux."La clé putain!!! La clé Josette! Là, sous le nid de méduses urticantes!!"

Mon criquet me propose donc ces pistes de réflexions: Qui est l'enfoiré qui a jetté le pavé dans la mer -et moi avec- ; et interrogation plus poétique: Où est-ce que je puise l'oxygène qui me permet de regagner la plage à la brasse avec une relative tranquilité?

Réaction à chaud: Qu'est-ce que j'en sais, moi, Jiminy? Je te demande moi, pourquoi tu n'es pas plutôt un ver luisant ? Réaction après coup et à penchant parano: L'immersion d'un corps est une entreprise organisée, où chaque protagoniste joue un rôle bien défini.

Il y a tout d'abord ceux qui construisent la dâle. Certains fournissent le sable, d'autres emmènent du ciment. Ce sont des figurants; collègues, directrice adjointe, boulangère pré-ménoposée... Des gens que l'on côtoie chaque jour sans soupçonner chez eux cette criminelle préméditation! Mais au fond, eux mêmes ne savent pas dans quel abject complot ils sont engagés...

Viennent ensuite ceux qui font tourner la benne et qui façonnent le mélange. Et là spontanément je pense à certains membres de ma famille: je ne ferais pas état des personnalités pour le moins complexes qui la composent. Disons simplement qu'ils ne semble s'unir que pour cette vile entreprise de maçonnerie qui consiste à brasser le ciment.

Un peu plus haut dans la hiérarchie des affreux, il y a ceux qui vérouillent le cadenas et jettent la clé à la mer. Des évènements aussi douloureux qu'imprévisibles; qui surgissent soudainement alors qu'on croyait encore pouvoir échapper à la machination des bâtisseurs.

Arrivent enfin les exécutants, ceux qui balancent aux flots le pavé et mon corps de pantin. Et c'est un bien triste constat que de savoir que les êtres les plus chers peuvent être impliqués dans cet attentat:
Ceux à qui on faisait des gestes désespérés et qui sirotaient leur coca sur la plage; mais aussi ceux qui se noient à côté et prennent appuie sur vous pour regagner la surface!

Je n'en veux à personne, je ne suis pas amère. Fort heureusement j'ai une volonté à toute épreuve qui fait que je m'extrais des situations les plus pénibles en préservant mon capital bien-être. J'ai cependant pris une bonne résolution pour cette fin de semestre 2008:
Je ne laisserai plus aucun noyé prendre impulsion sur mes épaules prétenduement solides.

Quant à ma réserve d'O2? Loulou aimerait lire ici que lui et notre Piloute en sont les fournisseurs officiels. Mais si on prend au pied de la lettre l'expression populaire "Se faire pomper l'air", mon adorable tribue peut tour à tour être productrice et consommatrice..!

Je dédierai donc un prochain chapitre à toutes ces belles choses qui m'insufflent la "Positive attitude" -comme une de nos chanteuses à texte l'a si justement nommée- et qui font de moi une personne résolument, vicéralement heureuse.

Et on tuera tous les affreux...

Quand tout va mal...


... Souviens-toi que ça pourrait être pire.

J'ai toujours adoré cette petite image très éloquente qui trône sur le placard de la cuisine chez ma mère, au milieu des photos de ses petits enfants.

Mais s'il faut bien reconnaître la grande lucidité de cette réflexion; mon Criquet ne s'est jamais senti concerné par tant de fatalisme:
Ceci pour la simple et bonne raison que tout allait bien.

Il y a quelques mois de cela je me demandais même quel incident inattendu pourrait bien ébranler un jour cette insolente bulle de bonheur dans laquelle j'évoluais...

Et puis un à un, les évènements ont débarqué dans ma bulle sans que je ne les ai invités et se sont installés sur le canapé en gardant leurs chaussures souillées qu'ils ont posées nonchalamment sur ma table basse et mes brochures du "Mariage en dix leçons". Une race de squatters impudents et effrontés dont on a un mal fou à se débarrasser:
Ils ont dégueulassé mes sols avec leurs mégots de clopes et malgré tout le mal que je déploies à garder ma bulle propre et rangée, elle ressemble désormais à une vraie décharge publique.

Mais quand tout va mal... souviens toi que ça pourrait être pire. Putain oui, j'avais zappé ça.

Aujourd'hui, j'ai repris le travail après une dizaine de jours de vacances employés à entretenir tant bien que mal mon capital bien-être. Mais comme le dit le vieil adage "Le travail, c'est la santé": aussi c'est du bon pied que j'ai repris le chemin de la mine pour retrouver mes petits handicapés et une vie sociable un peu plus organisée.

En éducatrice motivée que je suis, j'avais prévu pour mes élèves une sortie culturelle dans la commune voisine qui proposait des animations ludiques autour de l'écologie et du développement durable. Tout un joyeux programme donc; et j'embarquais alors ma troupe dans le véhicule de service dans les cris enthousiastes et la bonne humeur ambiante. "On sort à la fêêête!"

Mais après une bonne demie heure de tourne-virement pour garer mon tank banalisé, ma providentielle bonne humeur était déjà entamée et je me résignais finalement à stationner au parking souterrain du village. Je m'engageais donc dans ses méandres avec la ferme intention de profiter plus de dix minutes des animations de la matinée.

Un éclair de lucidité me fit prendre conscience un instant que je ne conduisais pas ma berline habituelle et que les plafonds n'étaient peut être pas suffisamment hauts pour laisser passer mon utilitaire. Mais le verdict de la barre transversale fut favorable ainsi que celui de la tenancière des lieux: je poursuivais donc ma descente sans crainte.

Les tambours ne rouleront pas plus longtemps: c'est entre le premier et le second sous-sol que le toit de mon carrosse s'est encastré dans les plafonds de ciment avec un déchirement de tôles assourdissant. Tiens, un nouvel invité dans ta bulle? M'a lancé ce cynique de Jiminy.

Je passerai sur les maintes et éprouvantes pérégrinations qui m'ont permis, non sans l'aide d'un conducteur mâle -même pas honte-, de sortir de ce carcan. Je ressors du tunnel de la mort et revois la lumière du jour après quarante minutes de lutte contre les éléments et un dégonflage de pneus. Bilan: Pas de morts, mais deux adolescentes en larmes et un toit déchiqueté.

Si ma bande de surexposés aux émotions n'avait pas été là à se morfondre dans mon épave, je me serai probablement moi-même assise sur le premier trottoir pour y pleurer. Mais professionnalisme oblige, j'ai détourné les accablantes circonstances en un ludique apprentissage:
- Savez- vous ce que sont les aléas?
- Non (sniff).
- C'est quand les choses qu'on voulait faire ne se déroulent pas comme prévu! Il y a des petites choses embêtantes qui arrivent parfois sans qu'on s'y attende, on dit que ce sont des aléas: mais après, on en rigole.

Ce pathétique élan d'optimisme fût de courte durée....

Une nouvelle course à la place de parking et vingt minutes plus tard, nous arrivons sur les lieux présumés de la fête. "La fête? Ah, vous n'êtes pas la première à nous demander ce matin... Il y a une mauvaise information qui circule, apparemment: la fête ne commence que demain!"

... Et c'est avec les mines déconfites et le pas nonchalant que mes jeunes regagnent le fourgon garé à un bon kilomètre de là. "Dis, elle est loin la voiture? Jsuis fatigué..."
- Les aléas! Vous vous souvenez de ce que je vous ai expliqué tout à l'heure, hein?

Chacun prend place et au moment de claquer la dernière portière surgit le hurlement plaintif de Melvin. Minette-tête-en-l'air a refermé la dite-portière sur son index. Je suis attérée.
Nouveau bilan: 1 ongle explosé, 7 jeunes traumatisés et... toujours 1 camion fracassé.
Bilan prévisionnel: 2 explications à fournir auprès de ma direction.

- Dis maîtresse, les aléas, c'est quand Melvin il s'écrase le doigt dans la porte?

- Oui Minette, dans la porte d'une voiture qu'on vient de défoncer dans un parking souterrain.

Cache ces blancs boutons

A priori, je suis une femme équilibrée. Socialement bien intégrée, un travail, une famille, un mari, des hobby.... Personne ne se dirait, comme ça "Oh! Regarde, voilà une vraie maniaque du bouton blanc, une obsédée de l'acné disgracieuse, une traqueuse de l'inesthétique point noir!"

Là encore, s'il s'agissait de mes problèmes de peaux, ça ne serait pas un vrai problème. Seulement voilà, des problèmes de peaux je n'en ai pas, pour la simple raison que ma salle de bain est un annexe des laboratoires Avène. J'ai celui qui désincruste, celui qui mâtifie, celui qui gomme, celui qui désinfecte...
Mon homme en revanche, avec son 1m10 de dos à tendance grasse, offre un terrain rêvé à mon vice le plus inavoué: Je suis une fanatique du perçage de points noirs.

22 heures. Nous sommes tous les deux lovés dans le canapé devant une émission nulle, un morceau de fromage et un verre de blanc. Je lui dis: "Mon amour, le problème entre nous, ce n'est pas tellement la routine. C'est le fait qu'on se Bidochonise. C'est vrai, c'est merveilleux de péter à son gré tout en mangeant du camembert devant la télé, mais mince, c'est pas très glamour tout ça!"

Loulou s'apprête à répondre, se demandant quelle réplique joker pourra le tirer de cette conversation désolante. Quand soudain, je le vois: Là, insolent sur son épaule nue, ce gros point noir-blanc qui trépigne sous sa peau et qui me dit "perce moi!!"

Impossible de résister. Je tente bien de me concentrer sur autre chose, mais mes yeux reviennent inlassablement sur cette cible. Il faut être rapide, Loulou n'est pas un acnéique facile. Un agile coup d'ongle et paf: Voilà le perçage amorcé en même temps que surgit le cri de Loulou:
"Mais putainnnn!!! T'es lourde avec ça! Tu parles de devenir des Bidochon, mais tu passes ton temps à me percer les boutons!! On n'est pas des singes, bordel!"

Je l'ai à peine entendu. Mes yeux sont toujours attirés par l'insolent qui n'attend qu'un dernier coup de pouce pour foutre le camps. J'ai beau savoir à quel point ça l'exaspère; je braverai sa colère s'il le faut mais ne pourrais refréner cette pulsion exfoliante.

Passage à la salle de bain. La conversation a tourné court et l'heure est au brossage de dents. A la lumière des néons, le vilain bouton est encore plus énervant. Deuxième coup d'ongle furtif, deuxième cri de Loulou.
"Chuuttt, tu vas réveiller la petite...", lui dis-je.
... Loulou est définitivement énervé pour ce soir.

Nous allons nous coucher et je tente un rapprochement sous la couverture. Finalement pas rancunier, il m'encercle de ses gros bras et je fais de même avec les petits-miens... Quand soudain, juste là au milieu de son dos: Mes doigts à têtes chercheuses détectent un autre bouton. Jiminy me fait la leçon "Si tu fais ça, tu vas le regretter".

... Et bien OUI, je l'ai fait.
Car une fois mon forfait accompli, je savais que j'allais pouvoir m'endormir sereinement.
Et Loulou, résigné, s'est contenté de lâcher un grognement de contestation.

Suis-je alors névrosée, sujette à des tic, des toc, ou autres trucs obsessionnels?

Ce soir, je sors!


Hier en fin d'après-midi, Copine me téléphone et me fait cette alléchante proposition:
"Tu fais quoi ce soir? Ca te dit qu'on aille boire un coup entre filles au Red Lion, qu'on rentre très tard et bourrées?"

Cet appel à la débauche peut paraître anodin à ceux qui ne connaissent pas encore les joies de la parentalité. Les autres comprendront que cette offre regorge d'éléments affriolants:

1. ... qu'on aille boire un coup entre filles: C'est une de mes activités favorites, la seule à laquelle je sois restée fidèle depuis l'âge où j'ai commencé à sortir... Et pour laquelle j'affiche un intérêt décuplé depuis la naissance de Piloute et le deuil en conséquent de mes folles virées nocturnes!

Outre l'occasion que cela représente pour moi de sortir enfin mon magnifique débardeur vert pomme acheté au centre commercial dès l'arrivée des beaux jours; c'est enfin l'opportunité de passer une soirée exclusivement féminine, c'est à dire de foutre au placard les costumes de mère, de fille, de salariée et d'épouse; de lâcher prise avec le quotidien pour ne vivre un instant que pour Moi.
Bannies donc les conversations autour du prix des couches et de la crise d'opposition de Piloute: ce soir, c'est Girls Power.

2. au Red Lion: Autre élément incontournable (et indissociable du premier) de ma jeunesse tapageuse. C'était mon QG, l'endroit merveilleux, enfumé et bruyant, où j'ai passé la plupart de mes soirées de célibataire-fière-de l'être.

Y retourner, c'est regoûter un instant à la saveur de l'insouciance, au plaisir du bain de foule et du vacarme rock n' roll, aux effluves de Marlboro sur fond d'odeur de bois; le tout rythmé par le Ding de la cloche à pourboire et le Cling des verres qui s'entrechoquent.
Et en dépit de la loi anti-tabac qui s'est abattue sur le pays comme un fléau sur le peuple des fumeurs invétérés; Oui, oui, je veux aller au Red Lion.

3. qu'on rentre très tard et bourrées: Autre référence au lâcher-prise que je revendique vivement dans mes fantasmes les plus fous!
Car oui, le quotidien d'une maman qui travaille est ainsi fait que toutes ses activités rentrent dans des cases pré-fabriquées dont elle se doit d'assurer le rangement optimum pour un rendement maximal: Courses, ménage, factures, bain, repas et... Préparatifs de mariage, en ce qui me concerne.

Autant dire que s'octroyer un moment de pause dans cette course à l'efficacité n'est pas du luxe.
Boire une Kriek entre copines, de pas avoir d'heure pour rentrer (ou oublier un moment que le couvre-feu d'antan a laissé place au clairon matinal: "Maamaan!!! Mon biberon!!), se laisser flotter dans cette bulle intemporelle où personne ne peut nous déranger...

Personne?

Boulet: Heu salut, je m'appelle Maxime... Je me permets de m'installer avec vous... Je me demandais si vous n'aviez pas une cigarette à me dépanner?

Moa, directe: Tu pourrais pas aller gratter ailleurs?

Copine 1, diplomate: Et tu n'as pas plutôt un copain avec qui t'installer?

Copine 2, expéditive: Tu sais quoi, je vais te la donner ta cigarette, comme ça tu pourras nous foutre la paix et t'installer à la table d'à côté!

Boulet 1: Bah à la table d'à côté, y'a un couple maqué...

Moa: Oui, c'est comme nous, on est maquées! Moi je me marie dans deux semaines, elle est déjà mariée et elle; pacsée. Et on se passe une soirée entre filles.

Copine 2, résumant: Et on a pas envie de se faire envahir par un boulet.

Oui. Une soirée entre filles, c'est quelque chose de sacré. Parce qu'il y a des choses de femmes qui ne peuvent être dites qu'à des femmes; parce qu'il y a des secrets qui doivent être partagés, parce qu'il y a des mots que seules les filles peuvent entendre. Et puis parce qu'on doit bien puiser son oxygène quelque part...

Je suis rentrée très tard, avec mon sourire jusqu'aux oreilles et ma pressante envie de faire pipi. Tard mais pas bourrée, juste ivre de ce moment de tranquillité et de complicité que j'avais partagé avec mes copines.

Tout le monde a droit à sa pause Kit-Kat.

Un Mike Tison se cache en toute ménagère.

J'oscille entre deux tendances: La grande gueule incorrigible et la complexée de la répartie.

Bien entendu, si je suis assez fière de mon côté femme sûre d'elle qui défend sans sourciller son point de vue et ses intérêts, je déteste mon "autre moi", celle qui se laisse marcher sur les escarpins et qui rumine pendant trois jours et trois nuits ce qu'elle aurait pu répondre... Si seulement son Criquet n'avait pas fait le mort au moment le moins opportun.

Maman: "Mais enfin!! On ne t'a pas appris à avoir ta langue dans ta poche! Quand tu étais encore à la maison, tu ne te gênais pas pour nous envoyer chier!"
Comment lui expliquer qu'il est infiniment plus simple d'envoyer paître ses parents, sa soeur, Loulou... Et toute autre personne dont on connait suffisemment bien les réactions pour pouvoir anticiper, faire un pas de côté et riposter avec la dextérité d'un boxeur américain?
L'attaque franche alors que j'ai laissé mes gants au vestière, il faut croire que ça me déstabilise.

Alors que je venais d'accoucher, mon taux d'hormone en chute libre faisant sur moi justement l'effet d'une chute libre, mais sans parachute; je me rendai à la boulangerie du quartier afin y acheter une demie baguette pour le repas du soir. Car oui amis boulangers, je suis de ceux, votre bête noire, qui ne veulent que la moitié de la baguette...

Une fois servie et redescendue dans la rue, j'attaque la baguette par le quignon, condamnant ainsi Loulou à n'avoir qu'un quart de baguette pour saucer sa carbonara.
Avez-vous déjà essayer de mâcher une élastique froide qui aurait vaguement traîné dans la vitrine d'une boulangerie? C'est l'effet que j'ai eu en mastiquant cette vieille croûte, en lieu et place d'un "petit moment de bonheur quotidien" selon la liste que j'en ai dressé.

Mon insolent criquet me souffle: Tu ne vas pas repartir sans rien dire? Demande un pain plus frais!
J'asquiesse et avec une détermination dépourvue d'animosité, je repousse la porte de la boulangerie où je m'adresse poliment à sa commerçante "Excusez moi, le morceau de pain que vous m'avez donné est un peu rassis, pourriez-vous m'en donner un autre?"
Et bien tu vois, dit Jiminy, ce n'était pas la mer à boire.

"Pardon!??" s'insurge la tenancière.
Il faut savoir que je vis à Marseille, nation s'il en est qui confère à ses habitants un franc parler Pagnolesque frisant parfois la parodie. "Comment ça il est rassis, mon pain!? Mais j'y crois pas, pour qui elle se prend celle-là!??"

Confrontée à l'attaque frontale sus-sitée, je m'en remets à mon criquet qui comme de par hasard, s'est fait la belle avec les cigales. Je bredouille donc un très hasardeux "Heu, ne vous fâchez pas, je veux juste vous dire qu'il n'est plus très frais..."

Ma boulangère courroucée enchaine les hypercutes: "Les gens ils vous font chier pour 50 centimes!! Eh bê reprenez la, votre monnaie, et allez acheter votre pain ailleurs!" Joignant le geste à la parole, elle jette mes malheureuses pièces jaunes dans le cendrier prévu à cet effet.

Avec ou sans criquet, je ne peux plus reculer. J'avance donc un audacieux "Mais goûtez le, votre pain! Vous verrez bien! (sous entendu "qu'il a le goût d'une élastique décongelée"; mais mon audace a ses limites...)

"Non je le goûte pas! Cassez-vous maintenant! Non mais les gens, ils croient qu'on se lève à trois heures du matin pour se branler!!"
(Ndl'a: se branler: Vulg. se masturber, procurer le plaisir sexuel par l'excitation manuelle des parties génitales. Source: Larousse universel)

Après quelques malhabiles tentatives de restaurer le dialogue, je nous vois vivement raccompagnés dans la rue par mon indélicate commerçante, moi, mon reste d'orgueil et ma monnaie. L'insulte lancée à son égart ne m'ayant pas tout à fait soulagée du KO que je venais d'essuyer, je me suis mise à pleurer au beau milieu de la chaussée. On est bien seul sans son criquet.

Le lendemain cependant, j'ai décidé de riposter. Ma bombe de peinture orage fluo indélébile achetée 6,50 euros chez monsieur Bricolage allait être l'arme de mon crime diurne. La nuit venue, je me dirigeai donc telle la vengeresse masquée vers ce rideau de fer, page blanche dans la rue déserte où je pouvais exprimer mon désagréble ressenti à l'égart de mon adversaire.

Mais, je ne sais pas si vous avez déjà taggé la devanture d'un magasin, j'ai vite compris qu'il me serait très mal aisé de retranscrire la totalité de mon animosité fielleuse sans m'éterniser sur les lieux et risquer de terminer la nuit au commissariat le plus proche. En plus d'être jeune maman, j'exerce ma profession auprès de jeunes délinquants qui ne sont pas étrangers à d'aussi peu nobles pratiques; et je pensai non sans crainte au jugement que porteraient sur moi les agents en service si par malheur j'étais prise la main dans le sac. J'optais donc pour un résumé très concis:

ATTENTION! PAIN RASSIS.

Par bonheur, je dispose d'un dictionnaire comme vous avez pu le constater plus haut, ce qui m'a permis dans ma préméditation de découvrir que "rassis" prend un "s" à la fin, tout comme "Pas frais", d'ailleurs. J'engage donc tous les déliquants munis d'un Larousse à le consulter dès lors qu'ils s'apprettent à tagguer une surface plane, ce qui évitera aux âmes sensibles comme la mienne de lire d'insultants "pisse en love" ou autre "nike la polisse".

Peut être suis-je de ces boxeurs sans mérite qui attendent que l'adversaire brandisse triomphalement sa médaille pour lui ascéner le coup final, alors que le dernier round a sonné?

Sans mérite, peut être. Mais il n'y a pas de petite victoire.

Ode à la Bécasse

Il ne faut pas prendre au pied de la lettre tout ce que je peux écrire lors de ma phase pré-menstruelle. (cf: Mon conger mater')
Aussi, Loulou est loin de l'homme matcho-salop-gigolo que j'ai pu décrire dans des moments de chamboulement hormonal; et c'est même un gars bien si j'en juge aux critères qui me rendent merveilleuse à ses yeux. Il ne s'agit pas pour lui plaire d'être une irréprochable ménagère cuisinant, lavant, frottant, rangeant et autres trucs chiants. De ce point de vue, nombre de personnes de notre entourage conviendraient que je ne suis pas la femme parfaite...

Non, pour Loulou une fille bien doit aimer le football et, telle Estelle Denis, tout connaître de ses rebondissements. Plus exactement, et pour frôler l'absolue perfection, cet idéal féminin doit s'enfiler des poignées de cacahuettes tout en sirotant, pardon, se sifflant des littres de bière et discutant de l'opportunité qu'ont les Olympiens d'accéder à la ligue des Champions.
En outre, une fille bien ne s'émeut pas aux larmes devant le spectacle des bébés phoques massacrés en Alaska, accepte de marcher dans la boue sans rechigner et ne crie pas au scandale lorsqu'elle découvre sur l'historique du PC familial qu'un membre de la famille a souscrit un abonnement au site de "chattes en folie".

D'abord charmée par les inombrables qualités de Loulou, je me suis efforcée durant les premiers mois de notre relation à me conformer à ses attentes en terme d'idéal féminin. Le challenge était cependant de taille, sachant que si l'être humain est fait de contradictions; celui avec qui je partage mon quotidien a des attentes pour le moins paradoxales.
Si une fille bien peut raconter des blagues grasses les pieds posés sur la table basse, les pets au lit et autres émanations corporelles bruyantes sont totalement proscrits.

A titre anecdotique, je dirai qu'il est primordial pour Loulou que je sois féminine et sexy, à condition que je lui épargne les désagréments qui sont associés à cette entreprise: Exit les notes salées dans les grands magasins, les heures d'attentes devant la porte de la salle de bain et les gémissements plaintifs lors de mes scéances hebdomadaires de débroussaillage de mes aisselles et demies-jambes.

Marcher dans la boue ou ailleurs, il faut que ce soit fait avec des escarpins de chez Machin. Oui, pour plaire à Loulou, mes ongles doivent être french-manucurés et bouts carré-tisés; mes cheveux parfumés, ma tenue apprêtée et mon visage gommé, asseptisé et parfaitement maquillé.

En fait, j'ai bien vite été amenée à faire cet accablant constat: Loulou aime les hommes... mais ceux pourvus d'attributs féminins.
Vous l'aurez deviné, jouer sur les deux tableaux et tel l'escargot osciller entre deux identités sexuelles me demandait un effort de tous les instants face auquel je courrais à ma propre perte. Contrainte donc à envisager de salvatrices conssessions, je fis des choix que je m'engageai à me tenir.

A ce jour, le bilan est le suivant: Je n'aime pas marcher dans la boue mais je raffole toujours des escarpins de chez Machin. J'ai renoncé à faire la french manucure mais je ne fais toujours pas la vaisselle. Je pleure devant les bébés phoques, le scandale des enlèvements d'enfants en Chine et le téléfilm à l'eau de rose de seconde partie de soirée. Je ne mange pas de cacahuettes pour entretenir ma ligne, mais mes jambes manquent cruellement de douceur les fins de mois. Je boycotte les matchs de ligue 1 et tout ce qui ressemble de près ou de loin à un affrontement sportif télévisuel. Je râle pour un oui ou pour un non et m'octroie même le plaisir défoulant d'une petite scène de jalousie.

Mais comme j'ai le souci d'éviter à Loulou de cruelles désillusions à mon égart, je continue à m'enfiler des bières. Sauf que maintenant ce sont des bières à la cerise, féminité oblige.

Mon conger mater'

Avec qui partager mes amères réflexions sur la condition de femme au foyer sans prendre le risque de me faire lapider sur la place publique pour atteinte au moral des petites ménagères ?

Car voyez-vous, il est officiellement décrété qu’une mère de famille doit trouver pleine satisfaction dans la tâche qui consiste à élever ses enfants et à gérer son intérieur. Et pourtant, si cette satisfaction est une forme de plénitude, d’élévation vers le bonheur intérieur… Je me laisse parfois lester par des pensées très terre-à-terre qui me contraignent à voir la poussière qui jonche le sol de ma maison.

Un enfant... Quel bonheur, quel accomplissement dans la vie d'un couple: la naissance du fruit de l'amour, une figure humaine donnée aux sentiments les plus beaux, la concrétisation enfin de l'existence d'un couple: un homme et une femme.
Oups, j'ai dit un homme? Ah oui, au début de la conception, l'homme rêve lui aussi de donner son amour débordant à un petit être qui lui ressemblera... A moins qu'il ne rêve, inconsciemment bien sûr, d'enchaîner sa femme à un boulet pour être sûr qu'elle soit bien à la maison pendant qu'il se rend à ses entraînements de foot ?

Au commencement, je veux dire avant l'idée saugrenue de perpétuer la race, la femme et l'homme sont deux êtres libres et égaux vivant en harmonie au fil des jours. La femme est juste "femme", on ne lui en demande pas plus, et son existence se résume au profit des plaisirs qui s'offrent à elle et à la séduction de celui qui partage sa vie.

La femme s'épile les aisselles et le maillot, sa peau douce et satinée embaume la noix de coco et ses cheveux sont toujours bien arrangés. Elle est au meilleur de sa forme, prépare le petit déjeuné à son cher et tendre dans une nuisette transparente et incroyablement décolletée, qui fait que le petit déjeuné ne sera pas seul à être consommé en ce doux matin d'hiver.

L'homme est "homme", et c'est bien tout ce qu'on lui demande. Soucieux de ne pas irriter la peau douce de sa bien aimée, il rase sa barbe avec un Phillips triple lame et parfume son visage avec un after shave qui sent bon l’air de l’océan. Il offre des fleurs à sa belle, livrées au domicile avec des billets doux qui émoustillent la libido et rendent insupportable l'attente des retrouvailles.

Et puis une idée germe, et le germe se développe dans une attente romantique: nous allons être parents! Accomplissement, naissance, concrétisation... De tout un tas de choses qui sont belles parce qu'elles sont rêvées à deux.

Le petit poupon rose voit le jour. "Notre vie en est à jamais changée", dit-on avec des cernes sous les yeux et ses mêmes yeux pleins de tendresse. Elle ne croit pas si bien dire, la femme!

Le petit poupon rose et vulnérable se transforme bien vite en tyran miniature et le quotidien prend des allures de service militaire qui s'éternise. Mais pourtant, j'ai bien suivi les ordres! J'étais debout presque tous les matins, et pour les raids nocturnes aussi! J'étais là pour la gamelle, pour les lits au carré, j'ai divertit son général avec les plus beaux livres, les plus jolies poupées! Pourquoi en veut-il toujours plus?!!! Pourquoi n'est-il jamais satisfait?! J'ai signé pour en chier oui, ramper sous les barbelés, nettoyer les draps pleins de vomis, je m'y étais préparée! Mais ce n'est plus le service militaire là Monsieur, c'est un camps de redressement!!

Privée de sommeil, la femme se ternit de jour en jour en même temps que ses cheveux s'emmêlent et que ses jolies jambes prennent des allures de barbu négligé. La gamelle ne suffit plus, le général veut de la nouveauté et réclame des mets plus raffinés. Le tyran de Madame jette l'assiette qui vient s'écraser sur le sol juste lavé de sa précédente colère:
"Tu sais où tu peux te la carrer, ta purée de haricots verts?!!" vocifère l'individu depuis sa chaise haute ("Nannnn nannn veux paaas!!" )
La femme pourtant doit faire preuve de la plus grande patiente: Etre une bonne mère, c'est tout ce qu'on lui demande...

Enfin jusqu'à ce que son homme rentre du foot, affamé comme l'était il y a quelques minutes le petit tyran. A ce moment, elle ne doit pas oublier d'être une bonne "femme", c'est tout ce qu'il lui demande!
"Tu n'as rien préparé mon cœur? J'ai une faim de loup!"; "Tu as vu, tes pieds sont durs comme de la corne! Tu devrais en prendre soin..."
Prendre soin? C'est une expression que la femme a renoncé à prononcer à la première personne: tous les soins qu'elle divulgue sont destinés au Général. "Je suis crevé, je n'ai pas arrêté" gémit le bellâtre dont la peau sent désormais d'avantage la soupe de poisson que l'after-shave parfum marin, tout en se laissant choir dans le fauteuil où la télécommande de la télé est restée juste à portée de sa main.
La télécommande, Madame l'a pourtant rangée dix fois aujourd'hui, mais le Tyran en a décidé autrement. Tout comme pour les chaussures dans le placard, les gobelets dans le tiroir de la cuisine et les épingles à linge dans le panier...

Le valeureux soldats sait bien que sa journée n'est pas terminée, il faut baigner son Général, qui réclame les canards restés dans sa chambre à grands coups de mains dans l'eau. Madame s'exécute. Le général finalement préfère la tortue qui pédale toute seule; les canards volent et viennent éclabousser le carrelage de la salle de bain. Madame est vidée, exténuée, à la limite de la survie. Elle pense un instant à faire le mur par la lucarne de la salle de bain, sauter dans la rue et courir aussi loin qu'elle le pourra!
Mais son tendre amour vient la surprendre dans sa réflexion, lui même sorti de la sienne par les grognements de son estomac : il faut faire manger tout le reste de la caserne.

En douce maman, Madame lit l'histoire de "Lulu a une journée bien chargée" (pauvre Lulu) et chante trois fois Pétrouchka qui a perdu son chat sur un air de danse russe. Elle voudrait bien qu'on en fasse autant pour elle. Elle quitte la chambre dans un cris de protestation "Encorrrrrr!!!", puis plus rien. Le silence. Son Général a cédé à la fatigue.

Elle irait bien se coucher, Madame, mais il reste la table à mettre, les pâtes à faire cuire (encore trop cuites ! le bellâtre fait la moue), et puis les canards de la salle de bain à ranger dans le bac des jouets de salle de bain, avec la tortue qui pédale toute seule. Et quand tout ça sera terminé, elle doit être fraîche et dispo pour une partie de jambes en l'air: Etre une bonne maîtresse, c'est tout ce que son homme lui demande !
Oui, enfin, presque. Lui qui est resté homme envers et contre tout, lui pour qui l'arrivée du poupon rose n'a rien changé d'autre que SA FEMME!
"Tu faisais plus souvent la french manucure avant, ça me plaisait bien..."
Trésor, la french manucure, la dernière fois que j'ai voulu la faire ton enfant a vidé la poubelle par terre et jouait avec les détritus pendant mon temps de séchage!

Un enfant, c'est plein de vie, plein d'énergie. Mais c’est que ça se nourrit de l'énergie de sa mère! Le soir venu, elle n'est plus qu'un corps inerte qui déambule dans la maison en cherchant le chemin qui mène au lit. Mais le petit être vulnérable endormi dans la chambre voisine ne le reste pas longtemps. Il a besoin d'être rassuré, semble t-il, sa maman lui manque à 2 heures du matin et ses bras seuls peuvent être source de chaleur et de réconfort. Ceux de son papa sont pourtant bien plus costauds et sécurisants! Mais étrangement, l'enfant intègre vite cette vérité: Le papa, c'est pour les câlins et les bons moments, tu peux disposer de ta maman pour tout le reste.

Si pour autant cet homme s'aventure à changer une couche sale et faire réchauffer un petit pot, l'assemblée toute entière est là pour l'acclamer: "Mais quel Papa Merrrrrveilleux!! Ah lala les hommes modernes! Comme ils s'occupent bien de leur enfant!!!" La femme elle, ne sera jamais moderne. Pas de statue édifiée, pas même de médaille décernée, elle doit assurer sur tous les tableaux et cela avec tous les costumes en rigueur : mère, épouse… ah oui et Femme aussi , pardonnez-moi j'allais oublier.

Elle ne sera jamais moderne parce que tout changement dans les archétypes entraînerait de façon sûre une révolution à l'échelle familiale: "Mais quel genre de mère est-elle? Elle va jouer au foot trois fois par semaine pendant que son homme s'occupe de la maison? Qu'il fait le repassage, s'occupe de leur enfant?!"

Mathilde m'a laissé un message sur mon portable l'autre matin. Elle écrit: "Ca y est!! je pars pour Los Angeles à 10h15! je suis trop heureuse, je pense bien à toi." Sa copine hôtesse de l'air lui fait profiter de ce voyage. Si tu savais, Mathilde, comme je voudrais être avec toi! Toi qui laisses non pas un mais DEUX tyrans, et pas des moindres, aux soins de ta maman (car bien sûr, on ne peut décemment pas exiger d'un homme qu'il garde seul ses enfants pendant 10 jours!!) pour aller voler ce précieux moment où tu n'es que TOI.
Pas mère, pas épouse, juste toi avec tes envies à des instants T, l'envie de rester au lit une matinée entière, l'envie de manger à 15 heures si ça te chante et de sortir écumer les rues, les boutiques et les bars animés jusqu'à tant de ne plus en avoir ENVIE, d'avoir ENVIE de rentrer et de DORMIR!!!

Tout ce laïus pour dire que les enfants, ce n'est pas merveilleux! Ce n'est pas le plus bel accomplissement de la vie d'un couple, c'est le plus gros boulet de la vie d'une femme!!

Bien sûr quand ils sont là on les aime et ils sont la chose la plus importante à nos yeux. C'est parce que "C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui rend ta rose si importante". Toutes tes pensées sont pour eux, toute ta faculté à t’émerveiller tu la leur réserves exclusivement. Bien sûr aussi qu'ils t'apportent des moments de bonheur incommensurables, des instants où tu te dis que tu ne vis que pour ça...

Mais pour tous les autres moments, tu dois être là aussi et il n'y a pas de place pour la faiblesse. Parfois j'aimerai m'évader, passer les grilles pour retrouver tout ce sur quoi j'ai dû tirer un trait définitif. Parfois je voudrais n'avoir de compte à rendre à personne, prendre l'avion moi aussi et venir rendre visite à une amie de l'autre côté de l'océan! Souvent j'aimerai retrouver mon énergie, avoir une baignoire dans laquelle me prélasser des heures tout en m'épilant les jambes et en gommant MES PEAUX MORTES!

Pourquoi la vie d'une femme est ainsi faite qu'elle n'aura jamais toutes les libertés que ses prétendus égaux du sexe masculin? Je ne tombe pas dans le féminisme forcené mais fais juste preuve de lucidité:
Dès notre plus tendre enfance on nous fait des lavages de cerveaux: Sois une bonne mère! Une bonne épouse! Sache cuisiner, repasser, ranger, il faut que ton homme ait toujours une chemise bien amidonnée qui l’attende sur le cintre le matin pour finir le soir venu au mieux dans la panière à linge, au pire aux pieds de la table du salon!

Non... faites des enfants, qu'i disait. Mais comme modernité il y a, si si, pour vous aussi Mesdames, vous n'êtes pas en reste, vous devez aussi travailler et en plus vous épanouir dans cette quadruple vie.

Pourquoi ne suis-je pas née avec un kiki entre les jambes???????