La vie est une teigne vicieuse. Au lieu de mettre des bâtons dans les roues des tracteurs, elle met des troncs d'arbres dans celles des cyclos.
Je m'explique: Ce sadique de Destin dans sa grande tour de contrôle jubile à pourrir la vie de ceux qui sont déjà dans le pétrin: Hé hé il a l'air d'en baver lui là-bas! Allé Hop, j'appuie un petit coup sur le bouton "aléa"!
... Et le noyé qui peinait à traverser le fleuve se retrouve amputé d'un de ses bras.
Il y a quelques jours encore, j'étais en ligne de mire sur l'écran de contrôle de ce mauvais plaisantin et il a, malencontreusement je suppose, laissé son coude cagneux appuyé sur la touche aléa. Ainsi mis face à un tel déferlement de coups bas et assommants, Jiminy et moi avons développé notre propre stratégie de défense: la sieste.
Jiminy avait beau savoir que cette retraite dans le sommeil n'était en somme qu'une lâche attitude d'évitement et qu'elle n'allait pas nous aider à nous remettre sur pieds... Nuit et jour, à tout venant, je dormais ne vous déplaise.
Je somnolais des journées entières sur le fauteuil du salon, me nourrissant seulement de quelques insalubrités de chez Kinder pour replonger aussitôt après dans mon comas léthargique.
Une après-midi, la sonnerie du téléphone interrompit brusquement cette torpeur. Après un rapide coup d'oeil à la montre et ayant écarté de la liste des casse-pieds invétérés de mon entourage tous ceux qui travaillaient à ce moment de la journée... J'en conclu qu'il s'agissait sans nul doute d'un commercial marocain mandaté par la maison Madrange pour plébisciter le goût inimitable de son jambon à l'os.
Je ne levai donc pas une fesse du canapé et refermai très vite un oeil pour laisser l'autre entrouvert devant un documentaire animalier diffusé sur Arté.
Ironie du sort: Les marmottes étaient les invitées VIP du plateau et leurs moeurs étaient à l'honneur.
Si ce type de documentaire agit habituellement sur moi comme un puissant somnifère, celui-ci éveilla du même coup mon attention et mon corps de mollusque.
Savez-vous par exemple que pendant sa période d'hibernation la marmotte peut perdre jusqu'à la moitié de son poids?
Durant mon long stand-by physico-cérébral je me serai aisément contentée de ne perdre qu'un dixième du mien... Mais je dus me rendre à l'évidence:
Contrairement à la marmotte, mes siestes intempestives ne servaient strictement à rien.
Il me fallait donc prendre rapidement les choses en main si je ne voulais pas finir avec un arrière-train pesant dix fois le poids de ma tête.
Je garde un souvenir ému de mes excursions campagnardes; lorsque j'étais ado et qu'un instant parents et moi faisions une trêve dans les conflits générationnels pour aller ensemble traquer les marmottes sur les Hauts Plateaux du Vercors. Je connaissais leur QG et m'amusais à y déposer des Bi-choco dont les dodues pas regardantes sur les méfaits des OGM se faisaient un festin.
"Un grand bol d'air pur, voilà ce qu'il te faut!" claironnait mon Criquet.
Le soir même les sacs de Loulou, Piloute et moi étaient prêts devant la porte -et je nous félicitai une fois de plus d'avoir choisi une voiture pourvue d'un grand coffre-. Le lendemain, nous arrivions à Font d'Urle après trois heures de route et un radical changement de climat.
Je découvrai avec le même amour le chalet de mon enfance et mes yeux pétillaient sous l'effet de la même excitation qui m'envahissait alors chaque année au début du mois d'août: Tel Marcel Pagnol dans ses collines provençales, je redécouvrais le territoire de mes plus beaux souvenirs et me gonflais déjà de leur présence palpables. Ils étaient de partout.
Pendant trois jours, je refis avec ma tribu le pèlerinage de mes grandes vacances et pu faire découvrir à Piloute le langage si spécifique de la nature: Si la vache meugle, le tracteur trac-trac-trac-trac-tracte et le poulain hennit, le paysan quant à lui Vain-diou'te et le lapin fait houu j'ai peur de la voiture.
Je m'extasiai ainsi de chaque retrouvailles avec la nature et nous eûmes même le loisir d'observer, tapi dans le fossé, un petit marcassin cardiaque que Piloute surnomma d'ailleurs vulgairement Cochooon! sans qu'il n'eut ni la force ni le courage de s'indigner.
Pour clore enfin ce chapitre du Petit chalet dans la prairie, nous avons traîné nos Quetchua jusqu'au repère secret des marmottes...
A l'issue d'une halletante ascencion et en dépit de l'enthousiasme non-contenu de Piloute et de ses bruyantes gambades... Nos marmottes étaient bien au rendez-vous. Et même mieux, car ces grosses-mères pullulaient un peu partout autour de nous, traînant leurs ventres grassouillets sur chaque rocher-solarium ou s'afférant en famille à leur grand nettoyage de printemps:
Un pur moment de magie en famille... Cliché tout sucré comme on les voit sur les brochures de vacances, à côté de la photo d'une famille-modèle attablée autour d'une copieuse raclette et du slogan "La montagne, ça vous gagne".
Oui, la montagne, c'est bien... Mais pas trop longtemps.
En ce qui me concerne, je prends autant de plaisir à y aller qu'à en repartir. Traverser en courant les prairies de jonquilles sauvages telle cette pintade de Laura Ingalls, c'est fun, mais on ne doit pas plus en abuser que du vin blanc avec sa raclette... Parce qu'à la montagne, quoi qu'on en dise, il n'y a plus de boutiques de fringues que de Pub irlandais.
Trois jours nous suffirent donc à faire le plein d'énergie et je redescendais gonflée à bloc dans l'arène de la ville, avec mes joues roses et mon coeur moelleux et léger comme dans une recette réussie... Le grand méchant Destin n'avait pas de réseau dans les montagnes.
Quant à la marmotte..? Elle mettait du bonheur dans du papier d'alu.
UN CRIQUET DANS LES CALANQUES
... Ou brèves de vie d'une jeune maman Marseillaise
INTRO: MOI ET MON JIMINY CRIQUETJ'ai découvert les blogs.
Charmée par l'étendue des talents de jeunes anonymes venus s'essayer à la prose sur ces pages virtuelles, je me suis dit que moi aussi, j'étais capable d'habiles galipettes littéraires et de farces lyriques à même d'amuser la galerie.
Comme ce bon vieux Gepetto, j'ai moi aussi un petit Jiminy Criquet qui m'accompagne: vous savez, cet insecte aussi sympathique que cérébral qui lui souffle sagesse et réflexion alors que ce rustre bricolo ne semble bien maîtriser que sa scie et son marteau. Jiminy, c'est le psy qui l'a dit, ce n'est que le fruit de son imagination. En vrai, dans son atelier, il est tout seul Gepetto: avec sa scie et son marteau et accessoirement Pinoccio.
Je décidai donc de donner la parole à mon ami imaginaire afin qu'il exprime ici ses amusantes réflexions sur la condition humaine.
Seulement voilà, j'ai beau fouiller dans mon imagination, me triturer les méninges, me masturber le ciboulot... Rien de drôle ne me vient à l'esprit. Mon criquet pour le coup ressemble d'avantage à un vilain cafard.
Et pour cause. S'il est admis que le quotidien est la source principale d'inspiration des petits comme des grands auteurs; la vie que je mène en ce moment ne m'inspire que tourment et tracas.
J'ai dis "que je mène" en parlant de ma vie? Alors je dois rectifier... Car si on mène un bateau comme on mène une vie, cela implique qu'on tienne la barre assez fermement de façon à profiter des courants et éviter les écueils. Hors là, force est de constater que c'est ma vie qui me mène, et telle le bateau ivre, elle me fracasse sur les rochers en tenant ma tête sous l'eau.
Sous ces fonds marins mon criquet peut composer à son gré. Non pas qu'il y soit tranquille, car le remous des vagues et les chocs intempestifs font s'entrechoquer mes idées et les mélange en une ragoûtante pâtée cérébrale.
Par ailleurs, il y fait sombre, froid et humide, ce qui comme chacun le sait n'est pas le climat idéalement propice à la prolifération de ces sauterelles améliorées.
Non, mais là au moins il n'est pas dérangé par les chansons niaises de Cendrillon, les rires stupides des 7 courts sur pattes de Blanche Neige ou les ébats dégoûlinants de romantisme de la Belle et le Clochard-en-rut.
Mon Jiminy cafard me fait chier. Il a bouffé mon Jiminy criquet.
A propos des entrepreneurs des BTP...
S'il est bien un trait de ma personnalité dont je puisse être sûre; c'est de mon côté battante.
Je n'entends pas battante dans le sens compétitif du terme; mais dans la faculté que j'ai de sortir la tête de l'eau juste avant la noyade. Bien sûr, il m'arrive de boire la tasse. Dans les fonds sous-marins, j'ai même pensé parfois qu'un de mes pieds avait été lesté d'un pavé d'une demie tonne, solidement relié à une chaîne cadenassée.
Mais mes poumons restent solides -en dépis du paquet de clopes que je leur inflige quotidiennement- et ils contiennent suffisemment d'oxygène pour me permettre de trouver la clé dans les délais vitaux."La clé putain!!! La clé Josette! Là, sous le nid de méduses urticantes!!"
Mon criquet me propose donc ces pistes de réflexions: Qui est l'enfoiré qui a jetté le pavé dans la mer -et moi avec- ; et interrogation plus poétique: Où est-ce que je puise l'oxygène qui me permet de regagner la plage à la brasse avec une relative tranquilité?
Réaction à chaud: Qu'est-ce que j'en sais, moi, Jiminy? Je te demande moi, pourquoi tu n'es pas plutôt un ver luisant ? Réaction après coup et à penchant parano: L'immersion d'un corps est une entreprise organisée, où chaque protagoniste joue un rôle bien défini.
Il y a tout d'abord ceux qui construisent la dâle. Certains fournissent le sable, d'autres emmènent du ciment. Ce sont des figurants; collègues, directrice adjointe, boulangère pré-ménoposée... Des gens que l'on côtoie chaque jour sans soupçonner chez eux cette criminelle préméditation! Mais au fond, eux mêmes ne savent pas dans quel abject complot ils sont engagés...
Viennent ensuite ceux qui font tourner la benne et qui façonnent le mélange. Et là spontanément je pense à certains membres de ma famille: je ne ferais pas état des personnalités pour le moins complexes qui la composent. Disons simplement qu'ils ne semble s'unir que pour cette vile entreprise de maçonnerie qui consiste à brasser le ciment.
Un peu plus haut dans la hiérarchie des affreux, il y a ceux qui vérouillent le cadenas et jettent la clé à la mer. Des évènements aussi douloureux qu'imprévisibles; qui surgissent soudainement alors qu'on croyait encore pouvoir échapper à la machination des bâtisseurs.
Arrivent enfin les exécutants, ceux qui balancent aux flots le pavé et mon corps de pantin. Et c'est un bien triste constat que de savoir que les êtres les plus chers peuvent être impliqués dans cet attentat:
Ceux à qui on faisait des gestes désespérés et qui sirotaient leur coca sur la plage; mais aussi ceux qui se noient à côté et prennent appuie sur vous pour regagner la surface!
Je n'en veux à personne, je ne suis pas amère. Fort heureusement j'ai une volonté à toute épreuve qui fait que je m'extrais des situations les plus pénibles en préservant mon capital bien-être. J'ai cependant pris une bonne résolution pour cette fin de semestre 2008:
Je ne laisserai plus aucun noyé prendre impulsion sur mes épaules prétenduement solides.
Quant à ma réserve d'O2? Loulou aimerait lire ici que lui et notre Piloute en sont les fournisseurs officiels. Mais si on prend au pied de la lettre l'expression populaire "Se faire pomper l'air", mon adorable tribue peut tour à tour être productrice et consommatrice..!
Je dédierai donc un prochain chapitre à toutes ces belles choses qui m'insufflent la "Positive attitude" -comme une de nos chanteuses à texte l'a si justement nommée- et qui font de moi une personne résolument, vicéralement heureuse.
Et on tuera tous les affreux...
Je n'entends pas battante dans le sens compétitif du terme; mais dans la faculté que j'ai de sortir la tête de l'eau juste avant la noyade. Bien sûr, il m'arrive de boire la tasse. Dans les fonds sous-marins, j'ai même pensé parfois qu'un de mes pieds avait été lesté d'un pavé d'une demie tonne, solidement relié à une chaîne cadenassée.
Mais mes poumons restent solides -en dépis du paquet de clopes que je leur inflige quotidiennement- et ils contiennent suffisemment d'oxygène pour me permettre de trouver la clé dans les délais vitaux."La clé putain!!! La clé Josette! Là, sous le nid de méduses urticantes!!"
Mon criquet me propose donc ces pistes de réflexions: Qui est l'enfoiré qui a jetté le pavé dans la mer -et moi avec- ; et interrogation plus poétique: Où est-ce que je puise l'oxygène qui me permet de regagner la plage à la brasse avec une relative tranquilité?
Réaction à chaud: Qu'est-ce que j'en sais, moi, Jiminy? Je te demande moi, pourquoi tu n'es pas plutôt un ver luisant ? Réaction après coup et à penchant parano: L'immersion d'un corps est une entreprise organisée, où chaque protagoniste joue un rôle bien défini.
Il y a tout d'abord ceux qui construisent la dâle. Certains fournissent le sable, d'autres emmènent du ciment. Ce sont des figurants; collègues, directrice adjointe, boulangère pré-ménoposée... Des gens que l'on côtoie chaque jour sans soupçonner chez eux cette criminelle préméditation! Mais au fond, eux mêmes ne savent pas dans quel abject complot ils sont engagés...
Viennent ensuite ceux qui font tourner la benne et qui façonnent le mélange. Et là spontanément je pense à certains membres de ma famille: je ne ferais pas état des personnalités pour le moins complexes qui la composent. Disons simplement qu'ils ne semble s'unir que pour cette vile entreprise de maçonnerie qui consiste à brasser le ciment.
Un peu plus haut dans la hiérarchie des affreux, il y a ceux qui vérouillent le cadenas et jettent la clé à la mer. Des évènements aussi douloureux qu'imprévisibles; qui surgissent soudainement alors qu'on croyait encore pouvoir échapper à la machination des bâtisseurs.
Arrivent enfin les exécutants, ceux qui balancent aux flots le pavé et mon corps de pantin. Et c'est un bien triste constat que de savoir que les êtres les plus chers peuvent être impliqués dans cet attentat:
Ceux à qui on faisait des gestes désespérés et qui sirotaient leur coca sur la plage; mais aussi ceux qui se noient à côté et prennent appuie sur vous pour regagner la surface!
Je n'en veux à personne, je ne suis pas amère. Fort heureusement j'ai une volonté à toute épreuve qui fait que je m'extrais des situations les plus pénibles en préservant mon capital bien-être. J'ai cependant pris une bonne résolution pour cette fin de semestre 2008:
Je ne laisserai plus aucun noyé prendre impulsion sur mes épaules prétenduement solides.
Quant à ma réserve d'O2? Loulou aimerait lire ici que lui et notre Piloute en sont les fournisseurs officiels. Mais si on prend au pied de la lettre l'expression populaire "Se faire pomper l'air", mon adorable tribue peut tour à tour être productrice et consommatrice..!
Je dédierai donc un prochain chapitre à toutes ces belles choses qui m'insufflent la "Positive attitude" -comme une de nos chanteuses à texte l'a si justement nommée- et qui font de moi une personne résolument, vicéralement heureuse.
Et on tuera tous les affreux...
Quand tout va mal...

... Souviens-toi que ça pourrait être pire.
J'ai toujours adoré cette petite image très éloquente qui trône sur le placard de la cuisine chez ma mère, au milieu des photos de ses petits enfants.
Mais s'il faut bien reconnaître la grande lucidité de cette réflexion; mon Criquet ne s'est jamais senti concerné par tant de fatalisme:
Ceci pour la simple et bonne raison que tout allait bien.
Il y a quelques mois de cela je me demandais même quel incident inattendu pourrait bien ébranler un jour cette insolente bulle de bonheur dans laquelle j'évoluais...
Et puis un à un, les évènements ont débarqué dans ma bulle sans que je ne les ai invités et se sont installés sur le canapé en gardant leurs chaussures souillées qu'ils ont posées nonchalamment sur ma table basse et mes brochures du "Mariage en dix leçons". Une race de squatters impudents et effrontés dont on a un mal fou à se débarrasser:
Ils ont dégueulassé mes sols avec leurs mégots de clopes et malgré tout le mal que je déploies à garder ma bulle propre et rangée, elle ressemble désormais à une vraie décharge publique.
Mais quand tout va mal... souviens toi que ça pourrait être pire. Putain oui, j'avais zappé ça.
Aujourd'hui, j'ai repris le travail après une dizaine de jours de vacances employés à entretenir tant bien que mal mon capital bien-être. Mais comme le dit le vieil adage "Le travail, c'est la santé": aussi c'est du bon pied que j'ai repris le chemin de la mine pour retrouver mes petits handicapés et une vie sociable un peu plus organisée.
En éducatrice motivée que je suis, j'avais prévu pour mes élèves une sortie culturelle dans la commune voisine qui proposait des animations ludiques autour de l'écologie et du développement durable. Tout un joyeux programme donc; et j'embarquais alors ma troupe dans le véhicule de service dans les cris enthousiastes et la bonne humeur ambiante. "On sort à la fêêête!"
Mais après une bonne demie heure de tourne-virement pour garer mon tank banalisé, ma providentielle bonne humeur était déjà entamée et je me résignais finalement à stationner au parking souterrain du village. Je m'engageais donc dans ses méandres avec la ferme intention de profiter plus de dix minutes des animations de la matinée.
Un éclair de lucidité me fit prendre conscience un instant que je ne conduisais pas ma berline habituelle et que les plafonds n'étaient peut être pas suffisamment hauts pour laisser passer mon utilitaire. Mais le verdict de la barre transversale fut favorable ainsi que celui de la tenancière des lieux: je poursuivais donc ma descente sans crainte.
Les tambours ne rouleront pas plus longtemps: c'est entre le premier et le second sous-sol que le toit de mon carrosse s'est encastré dans les plafonds de ciment avec un déchirement de tôles assourdissant. Tiens, un nouvel invité dans ta bulle? M'a lancé ce cynique de Jiminy.
Je passerai sur les maintes et éprouvantes pérégrinations qui m'ont permis, non sans l'aide d'un conducteur mâle -même pas honte-, de sortir de ce carcan. Je ressors du tunnel de la mort et revois la lumière du jour après quarante minutes de lutte contre les éléments et un dégonflage de pneus. Bilan: Pas de morts, mais deux adolescentes en larmes et un toit déchiqueté.
Si ma bande de surexposés aux émotions n'avait pas été là à se morfondre dans mon épave, je me serai probablement moi-même assise sur le premier trottoir pour y pleurer. Mais professionnalisme oblige, j'ai détourné les accablantes circonstances en un ludique apprentissage:
- Savez- vous ce que sont les aléas?
- Non (sniff).
- C'est quand les choses qu'on voulait faire ne se déroulent pas comme prévu! Il y a des petites choses embêtantes qui arrivent parfois sans qu'on s'y attende, on dit que ce sont des aléas: mais après, on en rigole.
- Savez- vous ce que sont les aléas?
- Non (sniff).
- C'est quand les choses qu'on voulait faire ne se déroulent pas comme prévu! Il y a des petites choses embêtantes qui arrivent parfois sans qu'on s'y attende, on dit que ce sont des aléas: mais après, on en rigole.
Ce pathétique élan d'optimisme fût de courte durée....
Une nouvelle course à la place de parking et vingt minutes plus tard, nous arrivons sur les lieux présumés de la fête. "La fête? Ah, vous n'êtes pas la première à nous demander ce matin... Il y a une mauvaise information qui circule, apparemment: la fête ne commence que demain!"
... Et c'est avec les mines déconfites et le pas nonchalant que mes jeunes regagnent le fourgon garé à un bon kilomètre de là. "Dis, elle est loin la voiture? Jsuis fatigué..."
- Les aléas! Vous vous souvenez de ce que je vous ai expliqué tout à l'heure, hein?
- Les aléas! Vous vous souvenez de ce que je vous ai expliqué tout à l'heure, hein?
Chacun prend place et au moment de claquer la dernière portière surgit le hurlement plaintif de Melvin. Minette-tête-en-l'air a refermé la dite-portière sur son index. Je suis attérée.
Nouveau bilan: 1 ongle explosé, 7 jeunes traumatisés et... toujours 1 camion fracassé.
Bilan prévisionnel: 2 explications à fournir auprès de ma direction.
Bilan prévisionnel: 2 explications à fournir auprès de ma direction.
- Dis maîtresse, les aléas, c'est quand Melvin il s'écrase le doigt dans la porte?
- Oui Minette, dans la porte d'une voiture qu'on vient de défoncer dans un parking souterrain.
Cache ces blancs boutons
A priori, je suis une femme équilibrée. Socialement bien intégrée, un travail, une famille, un mari, des hobby.... Personne ne se dirait, comme ça "Oh! Regarde, voilà une vraie maniaque du bouton blanc, une obsédée de l'acné disgracieuse, une traqueuse de l'inesthétique point noir!"
Là encore, s'il s'agissait de mes problèmes de peaux, ça ne serait pas un vrai problème. Seulement voilà, des problèmes de peaux je n'en ai pas, pour la simple raison que ma salle de bain est un annexe des laboratoires Avène. J'ai celui qui désincruste, celui qui mâtifie, celui qui gomme, celui qui désinfecte...
Mon homme en revanche, avec son 1m10 de dos à tendance grasse, offre un terrain rêvé à mon vice le plus inavoué: Je suis une fanatique du perçage de points noirs.
22 heures. Nous sommes tous les deux lovés dans le canapé devant une émission nulle, un morceau de fromage et un verre de blanc. Je lui dis: "Mon amour, le problème entre nous, ce n'est pas tellement la routine. C'est le fait qu'on se Bidochonise. C'est vrai, c'est merveilleux de péter à son gré tout en mangeant du camembert devant la télé, mais mince, c'est pas très glamour tout ça!"
Loulou s'apprête à répondre, se demandant quelle réplique joker pourra le tirer de cette conversation désolante. Quand soudain, je le vois: Là, insolent sur son épaule nue, ce gros point noir-blanc qui trépigne sous sa peau et qui me dit "perce moi!!"
Impossible de résister. Je tente bien de me concentrer sur autre chose, mais mes yeux reviennent inlassablement sur cette cible. Il faut être rapide, Loulou n'est pas un acnéique facile. Un agile coup d'ongle et paf: Voilà le perçage amorcé en même temps que surgit le cri de Loulou:
"Mais putainnnn!!! T'es lourde avec ça! Tu parles de devenir des Bidochon, mais tu passes ton temps à me percer les boutons!! On n'est pas des singes, bordel!"
Je l'ai à peine entendu. Mes yeux sont toujours attirés par l'insolent qui n'attend qu'un dernier coup de pouce pour foutre le camps. J'ai beau savoir à quel point ça l'exaspère; je braverai sa colère s'il le faut mais ne pourrais refréner cette pulsion exfoliante.
Passage à la salle de bain. La conversation a tourné court et l'heure est au brossage de dents. A la lumière des néons, le vilain bouton est encore plus énervant. Deuxième coup d'ongle furtif, deuxième cri de Loulou.
"Chuuttt, tu vas réveiller la petite...", lui dis-je.
... Loulou est définitivement énervé pour ce soir.
Nous allons nous coucher et je tente un rapprochement sous la couverture. Finalement pas rancunier, il m'encercle de ses gros bras et je fais de même avec les petits-miens... Quand soudain, juste là au milieu de son dos: Mes doigts à têtes chercheuses détectent un autre bouton. Jiminy me fait la leçon "Si tu fais ça, tu vas le regretter".
... Et bien OUI, je l'ai fait.
Car une fois mon forfait accompli, je savais que j'allais pouvoir m'endormir sereinement.
Et Loulou, résigné, s'est contenté de lâcher un grognement de contestation.
Suis-je alors névrosée, sujette à des tic, des toc, ou autres trucs obsessionnels?
Là encore, s'il s'agissait de mes problèmes de peaux, ça ne serait pas un vrai problème. Seulement voilà, des problèmes de peaux je n'en ai pas, pour la simple raison que ma salle de bain est un annexe des laboratoires Avène. J'ai celui qui désincruste, celui qui mâtifie, celui qui gomme, celui qui désinfecte...
Mon homme en revanche, avec son 1m10 de dos à tendance grasse, offre un terrain rêvé à mon vice le plus inavoué: Je suis une fanatique du perçage de points noirs.
22 heures. Nous sommes tous les deux lovés dans le canapé devant une émission nulle, un morceau de fromage et un verre de blanc. Je lui dis: "Mon amour, le problème entre nous, ce n'est pas tellement la routine. C'est le fait qu'on se Bidochonise. C'est vrai, c'est merveilleux de péter à son gré tout en mangeant du camembert devant la télé, mais mince, c'est pas très glamour tout ça!"
Loulou s'apprête à répondre, se demandant quelle réplique joker pourra le tirer de cette conversation désolante. Quand soudain, je le vois: Là, insolent sur son épaule nue, ce gros point noir-blanc qui trépigne sous sa peau et qui me dit "perce moi!!"
Impossible de résister. Je tente bien de me concentrer sur autre chose, mais mes yeux reviennent inlassablement sur cette cible. Il faut être rapide, Loulou n'est pas un acnéique facile. Un agile coup d'ongle et paf: Voilà le perçage amorcé en même temps que surgit le cri de Loulou:
"Mais putainnnn!!! T'es lourde avec ça! Tu parles de devenir des Bidochon, mais tu passes ton temps à me percer les boutons!! On n'est pas des singes, bordel!"
Je l'ai à peine entendu. Mes yeux sont toujours attirés par l'insolent qui n'attend qu'un dernier coup de pouce pour foutre le camps. J'ai beau savoir à quel point ça l'exaspère; je braverai sa colère s'il le faut mais ne pourrais refréner cette pulsion exfoliante.
Passage à la salle de bain. La conversation a tourné court et l'heure est au brossage de dents. A la lumière des néons, le vilain bouton est encore plus énervant. Deuxième coup d'ongle furtif, deuxième cri de Loulou.
"Chuuttt, tu vas réveiller la petite...", lui dis-je.
... Loulou est définitivement énervé pour ce soir.
Nous allons nous coucher et je tente un rapprochement sous la couverture. Finalement pas rancunier, il m'encercle de ses gros bras et je fais de même avec les petits-miens... Quand soudain, juste là au milieu de son dos: Mes doigts à têtes chercheuses détectent un autre bouton. Jiminy me fait la leçon "Si tu fais ça, tu vas le regretter".
... Et bien OUI, je l'ai fait.
Car une fois mon forfait accompli, je savais que j'allais pouvoir m'endormir sereinement.
Et Loulou, résigné, s'est contenté de lâcher un grognement de contestation.
Suis-je alors névrosée, sujette à des tic, des toc, ou autres trucs obsessionnels?
Ce soir, je sors!

Hier en fin d'après-midi, Copine me téléphone et me fait cette alléchante proposition:
"Tu fais quoi ce soir? Ca te dit qu'on aille boire un coup entre filles au Red Lion, qu'on rentre très tard et bourrées?"
Cet appel à la débauche peut paraître anodin à ceux qui ne connaissent pas encore les joies de la parentalité. Les autres comprendront que cette offre regorge d'éléments affriolants:
1. ... qu'on aille boire un coup entre filles: C'est une de mes activités favorites, la seule à laquelle je sois restée fidèle depuis l'âge où j'ai commencé à sortir... Et pour laquelle j'affiche un intérêt décuplé depuis la naissance de Piloute et le deuil en conséquent de mes folles virées nocturnes!
Outre l'occasion que cela représente pour moi de sortir enfin mon magnifique débardeur vert pomme acheté au centre commercial dès l'arrivée des beaux jours; c'est enfin l'opportunité de passer une soirée exclusivement féminine, c'est à dire de foutre au placard les costumes de mère, de fille, de salariée et d'épouse; de lâcher prise avec le quotidien pour ne vivre un instant que pour Moi.
Bannies donc les conversations autour du prix des couches et de la crise d'opposition de Piloute: ce soir, c'est Girls Power.
2. au Red Lion: Autre élément incontournable (et indissociable du premier) de ma jeunesse tapageuse. C'était mon QG, l'endroit merveilleux, enfumé et bruyant, où j'ai passé la plupart de mes soirées de célibataire-fière-de l'être.
Y retourner, c'est regoûter un instant à la saveur de l'insouciance, au plaisir du bain de foule et du vacarme rock n' roll, aux effluves de Marlboro sur fond d'odeur de bois; le tout rythmé par le Ding de la cloche à pourboire et le Cling des verres qui s'entrechoquent.
Et en dépit de la loi anti-tabac qui s'est abattue sur le pays comme un fléau sur le peuple des fumeurs invétérés; Oui, oui, je veux aller au Red Lion.
3. qu'on rentre très tard et bourrées: Autre référence au lâcher-prise que je revendique vivement dans mes fantasmes les plus fous!
Car oui, le quotidien d'une maman qui travaille est ainsi fait que toutes ses activités rentrent dans des cases pré-fabriquées dont elle se doit d'assurer le rangement optimum pour un rendement maximal: Courses, ménage, factures, bain, repas et... Préparatifs de mariage, en ce qui me concerne.
Autant dire que s'octroyer un moment de pause dans cette course à l'efficacité n'est pas du luxe.
Boire une Kriek entre copines, de pas avoir d'heure pour rentrer (ou oublier un moment que le couvre-feu d'antan a laissé place au clairon matinal: "Maamaan!!! Mon biberon!!), se laisser flotter dans cette bulle intemporelle où personne ne peut nous déranger...
Personne?
Boulet: Heu salut, je m'appelle Maxime... Je me permets de m'installer avec vous... Je me demandais si vous n'aviez pas une cigarette à me dépanner?
Moa, directe: Tu pourrais pas aller gratter ailleurs?
Copine 1, diplomate: Et tu n'as pas plutôt un copain avec qui t'installer?
Copine 2, expéditive: Tu sais quoi, je vais te la donner ta cigarette, comme ça tu pourras nous foutre la paix et t'installer à la table d'à côté!
Boulet 1: Bah à la table d'à côté, y'a un couple maqué...
Moa: Oui, c'est comme nous, on est maquées! Moi je me marie dans deux semaines, elle est déjà mariée et elle; pacsée. Et on se passe une soirée entre filles.
Copine 2, résumant: Et on a pas envie de se faire envahir par un boulet.
Oui. Une soirée entre filles, c'est quelque chose de sacré. Parce qu'il y a des choses de femmes qui ne peuvent être dites qu'à des femmes; parce qu'il y a des secrets qui doivent être partagés, parce qu'il y a des mots que seules les filles peuvent entendre. Et puis parce qu'on doit bien puiser son oxygène quelque part...
Je suis rentrée très tard, avec mon sourire jusqu'aux oreilles et ma pressante envie de faire pipi. Tard mais pas bourrée, juste ivre de ce moment de tranquillité et de complicité que j'avais partagé avec mes copines.
Tout le monde a droit à sa pause Kit-Kat.
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