UN CRIQUET DANS LES CALANQUES

... Ou brèves de vie d'une jeune maman Marseillaise
INTRO: MOI ET MON JIMINY CRIQUET
J'ai découvert les blogs.
Charmée par l'étendue des talents de jeunes anonymes venus s'essayer à la prose sur ces pages virtuelles, je me suis dit que moi aussi, j'étais capable d'habiles galipettes littéraires et de farces lyriques à même d'amuser la galerie.

Comme ce bon vieux Gepetto, j'ai moi aussi un petit Jiminy Criquet qui m'accompagne: vous savez, cet insecte aussi sympathique que cérébral qui lui souffle sagesse et réflexion alors que ce rustre bricolo ne semble bien maîtriser que sa scie et son marteau. Jiminy, c'est le psy qui l'a dit, ce n'est que le fruit de son imagination. En vrai, dans son atelier, il est tout seul Gepetto: avec sa scie et son marteau et accessoirement Pinoccio.
Je décidai donc de donner la parole à mon ami imaginaire afin qu'il exprime ici ses amusantes réflexions sur la condition humaine.

Seulement voilà, j'ai beau fouiller dans mon imagination, me triturer les méninges, me masturber le ciboulot... Rien de drôle ne me vient à l'esprit. Mon criquet pour le coup ressemble d'avantage à un vilain cafard.

Et pour cause. S'il est admis que le quotidien est la source principale d'inspiration des petits comme des grands auteurs; la vie que je mène en ce moment ne m'inspire que tourment et tracas.
J'ai dis "que je mène" en parlant de ma vie? Alors je dois rectifier... Car si on mène un bateau comme on mène une vie, cela implique qu'on tienne la barre assez fermement de façon à profiter des courants et éviter les écueils. Hors là, force est de constater que c'est ma vie qui me mène, et telle le bateau ivre, elle me fracasse sur les rochers en tenant ma tête sous l'eau.

Sous ces fonds marins mon criquet peut composer à son gré. Non pas qu'il y soit tranquille, car le remous des vagues et les chocs intempestifs font s'entrechoquer mes idées et les mélange en une ragoûtante pâtée cérébrale.
Par ailleurs, il y fait sombre, froid et humide, ce qui comme chacun le sait n'est pas le climat idéalement propice à la prolifération de ces sauterelles améliorées.

Non, mais là au moins il n'est pas dérangé par les chansons niaises de Cendrillon, les rires stupides des 7 courts sur pattes de Blanche Neige ou les ébats dégoûlinants de romantisme de la Belle et le Clochard-en-rut.

Mon Jiminy cafard me fait chier. Il a bouffé mon Jiminy criquet.



Un Mike Tison se cache en toute ménagère.

J'oscille entre deux tendances: La grande gueule incorrigible et la complexée de la répartie.

Bien entendu, si je suis assez fière de mon côté femme sûre d'elle qui défend sans sourciller son point de vue et ses intérêts, je déteste mon "autre moi", celle qui se laisse marcher sur les escarpins et qui rumine pendant trois jours et trois nuits ce qu'elle aurait pu répondre... Si seulement son Criquet n'avait pas fait le mort au moment le moins opportun.

Maman: "Mais enfin!! On ne t'a pas appris à avoir ta langue dans ta poche! Quand tu étais encore à la maison, tu ne te gênais pas pour nous envoyer chier!"
Comment lui expliquer qu'il est infiniment plus simple d'envoyer paître ses parents, sa soeur, Loulou... Et toute autre personne dont on connait suffisemment bien les réactions pour pouvoir anticiper, faire un pas de côté et riposter avec la dextérité d'un boxeur américain?
L'attaque franche alors que j'ai laissé mes gants au vestière, il faut croire que ça me déstabilise.

Alors que je venais d'accoucher, mon taux d'hormone en chute libre faisant sur moi justement l'effet d'une chute libre, mais sans parachute; je me rendai à la boulangerie du quartier afin y acheter une demie baguette pour le repas du soir. Car oui amis boulangers, je suis de ceux, votre bête noire, qui ne veulent que la moitié de la baguette...

Une fois servie et redescendue dans la rue, j'attaque la baguette par le quignon, condamnant ainsi Loulou à n'avoir qu'un quart de baguette pour saucer sa carbonara.
Avez-vous déjà essayer de mâcher une élastique froide qui aurait vaguement traîné dans la vitrine d'une boulangerie? C'est l'effet que j'ai eu en mastiquant cette vieille croûte, en lieu et place d'un "petit moment de bonheur quotidien" selon la liste que j'en ai dressé.

Mon insolent criquet me souffle: Tu ne vas pas repartir sans rien dire? Demande un pain plus frais!
J'asquiesse et avec une détermination dépourvue d'animosité, je repousse la porte de la boulangerie où je m'adresse poliment à sa commerçante "Excusez moi, le morceau de pain que vous m'avez donné est un peu rassis, pourriez-vous m'en donner un autre?"
Et bien tu vois, dit Jiminy, ce n'était pas la mer à boire.

"Pardon!??" s'insurge la tenancière.
Il faut savoir que je vis à Marseille, nation s'il en est qui confère à ses habitants un franc parler Pagnolesque frisant parfois la parodie. "Comment ça il est rassis, mon pain!? Mais j'y crois pas, pour qui elle se prend celle-là!??"

Confrontée à l'attaque frontale sus-sitée, je m'en remets à mon criquet qui comme de par hasard, s'est fait la belle avec les cigales. Je bredouille donc un très hasardeux "Heu, ne vous fâchez pas, je veux juste vous dire qu'il n'est plus très frais..."

Ma boulangère courroucée enchaine les hypercutes: "Les gens ils vous font chier pour 50 centimes!! Eh bê reprenez la, votre monnaie, et allez acheter votre pain ailleurs!" Joignant le geste à la parole, elle jette mes malheureuses pièces jaunes dans le cendrier prévu à cet effet.

Avec ou sans criquet, je ne peux plus reculer. J'avance donc un audacieux "Mais goûtez le, votre pain! Vous verrez bien! (sous entendu "qu'il a le goût d'une élastique décongelée"; mais mon audace a ses limites...)

"Non je le goûte pas! Cassez-vous maintenant! Non mais les gens, ils croient qu'on se lève à trois heures du matin pour se branler!!"
(Ndl'a: se branler: Vulg. se masturber, procurer le plaisir sexuel par l'excitation manuelle des parties génitales. Source: Larousse universel)

Après quelques malhabiles tentatives de restaurer le dialogue, je nous vois vivement raccompagnés dans la rue par mon indélicate commerçante, moi, mon reste d'orgueil et ma monnaie. L'insulte lancée à son égart ne m'ayant pas tout à fait soulagée du KO que je venais d'essuyer, je me suis mise à pleurer au beau milieu de la chaussée. On est bien seul sans son criquet.

Le lendemain cependant, j'ai décidé de riposter. Ma bombe de peinture orage fluo indélébile achetée 6,50 euros chez monsieur Bricolage allait être l'arme de mon crime diurne. La nuit venue, je me dirigeai donc telle la vengeresse masquée vers ce rideau de fer, page blanche dans la rue déserte où je pouvais exprimer mon désagréble ressenti à l'égart de mon adversaire.

Mais, je ne sais pas si vous avez déjà taggé la devanture d'un magasin, j'ai vite compris qu'il me serait très mal aisé de retranscrire la totalité de mon animosité fielleuse sans m'éterniser sur les lieux et risquer de terminer la nuit au commissariat le plus proche. En plus d'être jeune maman, j'exerce ma profession auprès de jeunes délinquants qui ne sont pas étrangers à d'aussi peu nobles pratiques; et je pensai non sans crainte au jugement que porteraient sur moi les agents en service si par malheur j'étais prise la main dans le sac. J'optais donc pour un résumé très concis:

ATTENTION! PAIN RASSIS.

Par bonheur, je dispose d'un dictionnaire comme vous avez pu le constater plus haut, ce qui m'a permis dans ma préméditation de découvrir que "rassis" prend un "s" à la fin, tout comme "Pas frais", d'ailleurs. J'engage donc tous les déliquants munis d'un Larousse à le consulter dès lors qu'ils s'apprettent à tagguer une surface plane, ce qui évitera aux âmes sensibles comme la mienne de lire d'insultants "pisse en love" ou autre "nike la polisse".

Peut être suis-je de ces boxeurs sans mérite qui attendent que l'adversaire brandisse triomphalement sa médaille pour lui ascéner le coup final, alors que le dernier round a sonné?

Sans mérite, peut être. Mais il n'y a pas de petite victoire.

Ode à la Bécasse

Il ne faut pas prendre au pied de la lettre tout ce que je peux écrire lors de ma phase pré-menstruelle. (cf: Mon conger mater')
Aussi, Loulou est loin de l'homme matcho-salop-gigolo que j'ai pu décrire dans des moments de chamboulement hormonal; et c'est même un gars bien si j'en juge aux critères qui me rendent merveilleuse à ses yeux. Il ne s'agit pas pour lui plaire d'être une irréprochable ménagère cuisinant, lavant, frottant, rangeant et autres trucs chiants. De ce point de vue, nombre de personnes de notre entourage conviendraient que je ne suis pas la femme parfaite...

Non, pour Loulou une fille bien doit aimer le football et, telle Estelle Denis, tout connaître de ses rebondissements. Plus exactement, et pour frôler l'absolue perfection, cet idéal féminin doit s'enfiler des poignées de cacahuettes tout en sirotant, pardon, se sifflant des littres de bière et discutant de l'opportunité qu'ont les Olympiens d'accéder à la ligue des Champions.
En outre, une fille bien ne s'émeut pas aux larmes devant le spectacle des bébés phoques massacrés en Alaska, accepte de marcher dans la boue sans rechigner et ne crie pas au scandale lorsqu'elle découvre sur l'historique du PC familial qu'un membre de la famille a souscrit un abonnement au site de "chattes en folie".

D'abord charmée par les inombrables qualités de Loulou, je me suis efforcée durant les premiers mois de notre relation à me conformer à ses attentes en terme d'idéal féminin. Le challenge était cependant de taille, sachant que si l'être humain est fait de contradictions; celui avec qui je partage mon quotidien a des attentes pour le moins paradoxales.
Si une fille bien peut raconter des blagues grasses les pieds posés sur la table basse, les pets au lit et autres émanations corporelles bruyantes sont totalement proscrits.

A titre anecdotique, je dirai qu'il est primordial pour Loulou que je sois féminine et sexy, à condition que je lui épargne les désagréments qui sont associés à cette entreprise: Exit les notes salées dans les grands magasins, les heures d'attentes devant la porte de la salle de bain et les gémissements plaintifs lors de mes scéances hebdomadaires de débroussaillage de mes aisselles et demies-jambes.

Marcher dans la boue ou ailleurs, il faut que ce soit fait avec des escarpins de chez Machin. Oui, pour plaire à Loulou, mes ongles doivent être french-manucurés et bouts carré-tisés; mes cheveux parfumés, ma tenue apprêtée et mon visage gommé, asseptisé et parfaitement maquillé.

En fait, j'ai bien vite été amenée à faire cet accablant constat: Loulou aime les hommes... mais ceux pourvus d'attributs féminins.
Vous l'aurez deviné, jouer sur les deux tableaux et tel l'escargot osciller entre deux identités sexuelles me demandait un effort de tous les instants face auquel je courrais à ma propre perte. Contrainte donc à envisager de salvatrices conssessions, je fis des choix que je m'engageai à me tenir.

A ce jour, le bilan est le suivant: Je n'aime pas marcher dans la boue mais je raffole toujours des escarpins de chez Machin. J'ai renoncé à faire la french manucure mais je ne fais toujours pas la vaisselle. Je pleure devant les bébés phoques, le scandale des enlèvements d'enfants en Chine et le téléfilm à l'eau de rose de seconde partie de soirée. Je ne mange pas de cacahuettes pour entretenir ma ligne, mais mes jambes manquent cruellement de douceur les fins de mois. Je boycotte les matchs de ligue 1 et tout ce qui ressemble de près ou de loin à un affrontement sportif télévisuel. Je râle pour un oui ou pour un non et m'octroie même le plaisir défoulant d'une petite scène de jalousie.

Mais comme j'ai le souci d'éviter à Loulou de cruelles désillusions à mon égart, je continue à m'enfiler des bières. Sauf que maintenant ce sont des bières à la cerise, féminité oblige.

Mon conger mater'

Avec qui partager mes amères réflexions sur la condition de femme au foyer sans prendre le risque de me faire lapider sur la place publique pour atteinte au moral des petites ménagères ?

Car voyez-vous, il est officiellement décrété qu’une mère de famille doit trouver pleine satisfaction dans la tâche qui consiste à élever ses enfants et à gérer son intérieur. Et pourtant, si cette satisfaction est une forme de plénitude, d’élévation vers le bonheur intérieur… Je me laisse parfois lester par des pensées très terre-à-terre qui me contraignent à voir la poussière qui jonche le sol de ma maison.

Un enfant... Quel bonheur, quel accomplissement dans la vie d'un couple: la naissance du fruit de l'amour, une figure humaine donnée aux sentiments les plus beaux, la concrétisation enfin de l'existence d'un couple: un homme et une femme.
Oups, j'ai dit un homme? Ah oui, au début de la conception, l'homme rêve lui aussi de donner son amour débordant à un petit être qui lui ressemblera... A moins qu'il ne rêve, inconsciemment bien sûr, d'enchaîner sa femme à un boulet pour être sûr qu'elle soit bien à la maison pendant qu'il se rend à ses entraînements de foot ?

Au commencement, je veux dire avant l'idée saugrenue de perpétuer la race, la femme et l'homme sont deux êtres libres et égaux vivant en harmonie au fil des jours. La femme est juste "femme", on ne lui en demande pas plus, et son existence se résume au profit des plaisirs qui s'offrent à elle et à la séduction de celui qui partage sa vie.

La femme s'épile les aisselles et le maillot, sa peau douce et satinée embaume la noix de coco et ses cheveux sont toujours bien arrangés. Elle est au meilleur de sa forme, prépare le petit déjeuné à son cher et tendre dans une nuisette transparente et incroyablement décolletée, qui fait que le petit déjeuné ne sera pas seul à être consommé en ce doux matin d'hiver.

L'homme est "homme", et c'est bien tout ce qu'on lui demande. Soucieux de ne pas irriter la peau douce de sa bien aimée, il rase sa barbe avec un Phillips triple lame et parfume son visage avec un after shave qui sent bon l’air de l’océan. Il offre des fleurs à sa belle, livrées au domicile avec des billets doux qui émoustillent la libido et rendent insupportable l'attente des retrouvailles.

Et puis une idée germe, et le germe se développe dans une attente romantique: nous allons être parents! Accomplissement, naissance, concrétisation... De tout un tas de choses qui sont belles parce qu'elles sont rêvées à deux.

Le petit poupon rose voit le jour. "Notre vie en est à jamais changée", dit-on avec des cernes sous les yeux et ses mêmes yeux pleins de tendresse. Elle ne croit pas si bien dire, la femme!

Le petit poupon rose et vulnérable se transforme bien vite en tyran miniature et le quotidien prend des allures de service militaire qui s'éternise. Mais pourtant, j'ai bien suivi les ordres! J'étais debout presque tous les matins, et pour les raids nocturnes aussi! J'étais là pour la gamelle, pour les lits au carré, j'ai divertit son général avec les plus beaux livres, les plus jolies poupées! Pourquoi en veut-il toujours plus?!!! Pourquoi n'est-il jamais satisfait?! J'ai signé pour en chier oui, ramper sous les barbelés, nettoyer les draps pleins de vomis, je m'y étais préparée! Mais ce n'est plus le service militaire là Monsieur, c'est un camps de redressement!!

Privée de sommeil, la femme se ternit de jour en jour en même temps que ses cheveux s'emmêlent et que ses jolies jambes prennent des allures de barbu négligé. La gamelle ne suffit plus, le général veut de la nouveauté et réclame des mets plus raffinés. Le tyran de Madame jette l'assiette qui vient s'écraser sur le sol juste lavé de sa précédente colère:
"Tu sais où tu peux te la carrer, ta purée de haricots verts?!!" vocifère l'individu depuis sa chaise haute ("Nannnn nannn veux paaas!!" )
La femme pourtant doit faire preuve de la plus grande patiente: Etre une bonne mère, c'est tout ce qu'on lui demande...

Enfin jusqu'à ce que son homme rentre du foot, affamé comme l'était il y a quelques minutes le petit tyran. A ce moment, elle ne doit pas oublier d'être une bonne "femme", c'est tout ce qu'il lui demande!
"Tu n'as rien préparé mon cœur? J'ai une faim de loup!"; "Tu as vu, tes pieds sont durs comme de la corne! Tu devrais en prendre soin..."
Prendre soin? C'est une expression que la femme a renoncé à prononcer à la première personne: tous les soins qu'elle divulgue sont destinés au Général. "Je suis crevé, je n'ai pas arrêté" gémit le bellâtre dont la peau sent désormais d'avantage la soupe de poisson que l'after-shave parfum marin, tout en se laissant choir dans le fauteuil où la télécommande de la télé est restée juste à portée de sa main.
La télécommande, Madame l'a pourtant rangée dix fois aujourd'hui, mais le Tyran en a décidé autrement. Tout comme pour les chaussures dans le placard, les gobelets dans le tiroir de la cuisine et les épingles à linge dans le panier...

Le valeureux soldats sait bien que sa journée n'est pas terminée, il faut baigner son Général, qui réclame les canards restés dans sa chambre à grands coups de mains dans l'eau. Madame s'exécute. Le général finalement préfère la tortue qui pédale toute seule; les canards volent et viennent éclabousser le carrelage de la salle de bain. Madame est vidée, exténuée, à la limite de la survie. Elle pense un instant à faire le mur par la lucarne de la salle de bain, sauter dans la rue et courir aussi loin qu'elle le pourra!
Mais son tendre amour vient la surprendre dans sa réflexion, lui même sorti de la sienne par les grognements de son estomac : il faut faire manger tout le reste de la caserne.

En douce maman, Madame lit l'histoire de "Lulu a une journée bien chargée" (pauvre Lulu) et chante trois fois Pétrouchka qui a perdu son chat sur un air de danse russe. Elle voudrait bien qu'on en fasse autant pour elle. Elle quitte la chambre dans un cris de protestation "Encorrrrrr!!!", puis plus rien. Le silence. Son Général a cédé à la fatigue.

Elle irait bien se coucher, Madame, mais il reste la table à mettre, les pâtes à faire cuire (encore trop cuites ! le bellâtre fait la moue), et puis les canards de la salle de bain à ranger dans le bac des jouets de salle de bain, avec la tortue qui pédale toute seule. Et quand tout ça sera terminé, elle doit être fraîche et dispo pour une partie de jambes en l'air: Etre une bonne maîtresse, c'est tout ce que son homme lui demande !
Oui, enfin, presque. Lui qui est resté homme envers et contre tout, lui pour qui l'arrivée du poupon rose n'a rien changé d'autre que SA FEMME!
"Tu faisais plus souvent la french manucure avant, ça me plaisait bien..."
Trésor, la french manucure, la dernière fois que j'ai voulu la faire ton enfant a vidé la poubelle par terre et jouait avec les détritus pendant mon temps de séchage!

Un enfant, c'est plein de vie, plein d'énergie. Mais c’est que ça se nourrit de l'énergie de sa mère! Le soir venu, elle n'est plus qu'un corps inerte qui déambule dans la maison en cherchant le chemin qui mène au lit. Mais le petit être vulnérable endormi dans la chambre voisine ne le reste pas longtemps. Il a besoin d'être rassuré, semble t-il, sa maman lui manque à 2 heures du matin et ses bras seuls peuvent être source de chaleur et de réconfort. Ceux de son papa sont pourtant bien plus costauds et sécurisants! Mais étrangement, l'enfant intègre vite cette vérité: Le papa, c'est pour les câlins et les bons moments, tu peux disposer de ta maman pour tout le reste.

Si pour autant cet homme s'aventure à changer une couche sale et faire réchauffer un petit pot, l'assemblée toute entière est là pour l'acclamer: "Mais quel Papa Merrrrrveilleux!! Ah lala les hommes modernes! Comme ils s'occupent bien de leur enfant!!!" La femme elle, ne sera jamais moderne. Pas de statue édifiée, pas même de médaille décernée, elle doit assurer sur tous les tableaux et cela avec tous les costumes en rigueur : mère, épouse… ah oui et Femme aussi , pardonnez-moi j'allais oublier.

Elle ne sera jamais moderne parce que tout changement dans les archétypes entraînerait de façon sûre une révolution à l'échelle familiale: "Mais quel genre de mère est-elle? Elle va jouer au foot trois fois par semaine pendant que son homme s'occupe de la maison? Qu'il fait le repassage, s'occupe de leur enfant?!"

Mathilde m'a laissé un message sur mon portable l'autre matin. Elle écrit: "Ca y est!! je pars pour Los Angeles à 10h15! je suis trop heureuse, je pense bien à toi." Sa copine hôtesse de l'air lui fait profiter de ce voyage. Si tu savais, Mathilde, comme je voudrais être avec toi! Toi qui laisses non pas un mais DEUX tyrans, et pas des moindres, aux soins de ta maman (car bien sûr, on ne peut décemment pas exiger d'un homme qu'il garde seul ses enfants pendant 10 jours!!) pour aller voler ce précieux moment où tu n'es que TOI.
Pas mère, pas épouse, juste toi avec tes envies à des instants T, l'envie de rester au lit une matinée entière, l'envie de manger à 15 heures si ça te chante et de sortir écumer les rues, les boutiques et les bars animés jusqu'à tant de ne plus en avoir ENVIE, d'avoir ENVIE de rentrer et de DORMIR!!!

Tout ce laïus pour dire que les enfants, ce n'est pas merveilleux! Ce n'est pas le plus bel accomplissement de la vie d'un couple, c'est le plus gros boulet de la vie d'une femme!!

Bien sûr quand ils sont là on les aime et ils sont la chose la plus importante à nos yeux. C'est parce que "C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui rend ta rose si importante". Toutes tes pensées sont pour eux, toute ta faculté à t’émerveiller tu la leur réserves exclusivement. Bien sûr aussi qu'ils t'apportent des moments de bonheur incommensurables, des instants où tu te dis que tu ne vis que pour ça...

Mais pour tous les autres moments, tu dois être là aussi et il n'y a pas de place pour la faiblesse. Parfois j'aimerai m'évader, passer les grilles pour retrouver tout ce sur quoi j'ai dû tirer un trait définitif. Parfois je voudrais n'avoir de compte à rendre à personne, prendre l'avion moi aussi et venir rendre visite à une amie de l'autre côté de l'océan! Souvent j'aimerai retrouver mon énergie, avoir une baignoire dans laquelle me prélasser des heures tout en m'épilant les jambes et en gommant MES PEAUX MORTES!

Pourquoi la vie d'une femme est ainsi faite qu'elle n'aura jamais toutes les libertés que ses prétendus égaux du sexe masculin? Je ne tombe pas dans le féminisme forcené mais fais juste preuve de lucidité:
Dès notre plus tendre enfance on nous fait des lavages de cerveaux: Sois une bonne mère! Une bonne épouse! Sache cuisiner, repasser, ranger, il faut que ton homme ait toujours une chemise bien amidonnée qui l’attende sur le cintre le matin pour finir le soir venu au mieux dans la panière à linge, au pire aux pieds de la table du salon!

Non... faites des enfants, qu'i disait. Mais comme modernité il y a, si si, pour vous aussi Mesdames, vous n'êtes pas en reste, vous devez aussi travailler et en plus vous épanouir dans cette quadruple vie.

Pourquoi ne suis-je pas née avec un kiki entre les jambes???????